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Les acteurs du système éducatif interpellés pour mettre fin à la pagaille

Education : L’enseignement au Togo à la traîne.

Dans l’édition, CP N°972, nous avons écrit un article intitulé : « Education : En plain-pied dans les examens officiels de fin d’année : L’Enseignement togolais entre laxisme et dépravation. Dans cet article, nous avons relevé certaines dérives observées pendant l’année scolaire ». En effet, plusieurs comportements condamnables orchestrés par des élèves et cautionnés par des enseignants sans scrupule semblent être soutenus tacitement par les acteurs du système éducatif à cause de leur incapacité notoire à réagir promptement. Nous revenons, cette fois-ci, à la charge pour parler du système éducatif dans sa globalité qui a du plomb dans les ailes.

Généralement, le corps enseignant et les apprenants se retrouvent souvent sur le banc des accusés lorsqu’il s’agit de relever les tares qui minent l’éducation togolaise. Cependant, la preuve est faite que plusieurs acteurs sont impliqués et ont contribué à l’enlisement qui est à la base de cette situation déplorable. C’est dire qu’un redressement est nécessaire à plusieurs niveaux si on veut pallier cette situation qui ne cesse de s’empirer au fil des années.

En réalité, si aujourd’hui, les gouvernants semblent ne pas se soucier d’intervenir efficacement pour rectifier la baisse de niveau scolaire avec tout ce qu’elle entraine comme conséquences, cela n’a rien d’étonnant. C’est la résultante de la politique instaurée par ceux qui étaient au pouvoir dans les années 90. Ils avaient pour objectif de colmater les brèches causées par la grève générale illimitée initiée pour mettre fin au régime dictatorial qui régnait à l’époque. C’est le lieu de dire que la grève générale illimitée lancée par les syndicats à tous les niveaux a causé beaucoup de torts à la nation. En effet, c’est pendant cette période qu’on a vu le recrutement des enseignants incompétents et sans niveau, l’octroi des bourses à ceux qui n’ont pas les compétences requises de même que le remplacement des étudiants admis aux concours par ceux qui n’ont pas concouru.

 Depuis l’avènement de la grève et l’instauration de la pédagogie convergente qui a permis la création des enseignements privés, l’on a assisté à la prolifération des écoles un peu partout dans tous les quartiers. On en relève une pléthore dans la capitale. Aussi, fallait-il des enseignants pour ces écoles qui proliféraient un peu partout dans le pays. C’est dire donc que n’importe quel quidam pouvait enseigner s’il en avait la volonté et le courage et surtout s’il avait quelques rudiments en la matière. Il convient de relever, en passant, que les enseignants eux-mêmes n’étaient pas formés aux nouvelles techniques d’enseignement déjà en vogue dans les autres pays. En définitive, c’est toute une génération  qui fut sacrifiée.

L’expérience a prouvé que lorsqu’on aime une chose, on s’y adonne. Or, Il est fréquent d’observer que dans l’enseignement, il y a une majorité de personnes qui ont adhéré le milieu parce qu’ils n’ont rien trouvé ailleurs. L’enseignement est donc devenu un gagne-pain. C’est ainsi que ceux qui ne se considèrent pas comme responsables envers leurs élèves et étudiants, se retrouvent en train de courir le même jupon que leurs élèves et étudiants. On en trouve même qui, en violation de leur déontologie, sont aigris et haineux envers leurs apprenants pour des raisons infondées au point de leur donner des notes qui ne reflètent pas la qualité de leur travail. Il est alors facile d’imaginer ce qui se produira à la fin de l’année scolaire. La catégorie d’enseignants qui s’adonne à ces vices ont perdu de vue le fait que tout enfant à qui l’on enseigne est un homme mature que gagne la société. C’est bien dommage.

En tout état de cause, l’Etat a également sa part de responsabilité parce qu’il a en charge la formation des formateurs qualifiés et la mise à leur disposition des moyens didactiques afin de mener à bien leurs activités professionnelles tout en améliorant leurs conditions de vie. Certes, des efforts appréciables sont faits dans ce sens ces dernières années, mais nous estimons que beaucoup reste encore à faire. Sans vouloir chercher à justifier l’injustifiable, nous estimons que dans la mesure où les conditions ne sont pas réunies, on assistera couramment aux écarts de certains enseignants qui manqueront à leur devoir.

C’est ainsi que l’éducation ne joue pas son rôle moteur dans la société togolaise. Cette clé de l’avenir est oubliée au présent par les dirigeants qui pourtant, clament haut et fort à qui veut les entendre, la marche du pays vers la croissance et le développement. Ce déplorable oubli trouve sa raison dans les choix politiques des gouvernants depuis l’aube des indépendances. Les systèmes éducatifs jugés trop étatiques montrent que les investissements trop faibles accordés aux écoles publiques ont entrainé la baisse du niveau général des élèves, l’incompétence des enseignants, bref l’augmentation de l’échec scolaire.

Ces dernières années, sur 100 élèves ayant été présentés à un examen, près de 50 en moyenne ont échoué. Les taux d’abandon scolaire restent très élevés. Aujourd’hui pourtant, malgré les efforts considérables déployés pour garantir ce droit, la réalité est telle que plus de dizaines de milliers d’enfants et d’innombrables adultes n’achèvent pas le cycle éducatif de base qu’ils ont entamé. D’autres le poursuivent jusqu’à son terme sans acquérir le niveau de connaissance et de compétence indispensables. En outre, les deux tiers d’enfants qui ne vont pas à l’école sont des filles.

Notre pays, à l’instar d’autres pays du continent africain, souffre d’une hypercentralisation des décisions pédagogiques. On observe une forte standardisation des formations. L’État y entretient une bureaucratie rampante qui alimente le favoritisme. Les maigres investissements dans le secteur de l’éducation sont mal gérés, entrainant un gaspillage financier énorme. Ensuite, on constate des programmes d’enseignement vétustes et des formations inadaptées qui ne coïncident pas du tout avec les besoins spécifiques de l’élève ni à la réalité socioéconomique du pays. En outre, le Togo est fortement touché par le problème des incitations des enseignants et des chefs d’établissement. Il n’y a pas de véritable politique de liberté et d’indépendance du corps enseignant dans le choix des programmes et de prise des décisions favorables au développement de l’éducation.

            A tous ces facteurs s’ajoute le constat que les écoles privées, loin d’être la solution, sont devenues une épine dans le pied du Gouvernement pour des raisons sur lesquels nous reviendrons plus tard.

Au regard de ce qui précède, il urge que les autorités s’attèlent à convier les acteurs du milieu éducatif pour poser les jalons d’une refonte du système basée sur un enseignement impliquant la réduction des inégalités sociales et facilitant la mixité des couches et des classes sociales. L’expérience a déjà fait ses preuves dans d’autres pays.

Les enseignants ont, eux-aussi, une part de responsabilité très importante dans la baisse de niveau scolaire constatée ces derniers temps. Ils sont supposés encadrer les élèves tout en respectant les règles pédagogiques. Or, à quoi assistons-nous? Il n’est pas rare de constater que certains enseignants s’accrochent au gain facile qui entraine la corruption, un autre fléau qui gangrène le milieu scolaire. Les manifestations de cet état de choses sont l’attribution des notes fantaisistes et la délivrance de faux diplômes ou bulletins de notes fabriqués de toute pièce.

Quant aux parents d’élèves, c’est à eux qu’incombent le suivi de la présence de leurs enfants à l’école, le contrôle des cours dispensés bref, un encadrement parallèle des activités scolaires et directes de ce qui se fait en dehors de l’école. Eviter de donner aux enfants une liberté totale qui les empêchera de passer leur journée hors de chez eux. Enfin, la responsabilité majeure revient aux élèves d’autant plus que la balle est dans leur camp.

De nos jours, il a été relevé que la plupart d’entre eux, à leur arrivée dans les collèges ou dans les lycées, ne maîtrisent ni la lecture, ni les règles élémentaires de calcul. Quant à l’expression orale, c’est un fiasco total. Ce qui constitue un retard presque impossible à rattraper pour la suite de leur scolarité. La cause est connue de tous. Il s’agit du fait que la plupart des élèves, à leur sortie de l’école, préfèrent s’intéresser aux loisirs tels que regarder les films, chatter sur leur portable, jouer des jeux vidéo à longueur de journée, ou encore errer dans les quartiers sans but précis.

Tout compte fait, il convient de dire que la responsabilité de la baisse de niveau dans le milieu scolaire est partagée et qu’il est temps que les acteurs du système éducatif planchent sur le problème pour redresser la barre. Autrement, c’est l’avenir de la relève de demain qui est en jeu.

Julles

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