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Alpha CONDE et Nana AKUFO-ADDO, deux médecins au chevet du malade – Togo

Dialogue intertogolais : Vers un verdict de la CEDEAO

Le Président ghanéen, Nana AKUFO-ADDO et son homologue guinéen, le Prof. Alpha CONDE ont séjourné dans notre capitale la semaine dernière dans le cadre de leur mission de facilitation pour décanter les soubresauts politiques du Togo. C’était donc le grand sujet d’actualité dans notre pays.

Ainsi, la rencontre tant attendue depuis que ces deux Présidents ont reçu un mandat officiel de la Conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO, a eu lieu le mercredi 27 juin 2018 dans le somptueux cadre de l’Hôtel 2 Février à Lomé.

Avant d’en arriver au fait, il convient d’apporter tout de suite certaines précisions pour situer nos lecteurs.

D’abord, les deux Présidents sont issus, l’un du Ghana, pays anglophone à tradition démocratique désormais avérée et l’autre vient de la Guinée où ont sévi plusieurs régimes dictatoriaux et ou militaires. C’est pour cela qu’il n’est pas superflu de rappeler que les deux Présidents ont vécu des expériences dictatoriales qui les ont marqués chacun, à un moment ou l’autre.

La Guinée, un pays francophone qui avait connu une très longue expérience de la tyrannie, fait difficilement aujourd’hui, ses premiers pas sur la voie de la démocratie, et c’est rassurant parce que le groupe des facilitateurs est à la hauteur de l’enjeu.

Autant dire que Nana AKUFO-ADDO et Alpha CONDE sont des hommes d’Etat expérimentés qui savent à quoi s’en tenir quant au cas togolais et son dénouement.

Il faut aussi souligner que le point commun entre les deux hommes d’Etat ne se limite pas à l’expérience dictatoriale vécue dans leur pays respectif. Les deux facilitateurs sont tous deux des juristes de haut niveau. Alpha CONDE est Professeur de droit et Nana AKUFO-ADDO, Avocat de son état.

Il se trouve, en l’espèce, que les deux juristes, tels des médecins, sont appelés au chevet d’un pays frère malade appelé le Togo. Nous ne pouvons que féliciter la CEDEAO pour cette initiative.

Rétrospectivement, de quoi s’agit-il ?

Depuis le 19 Août 2017, sur instigation de M. Tikpi ATCHADAM, président d’un parti politique dénommé PNP, un appel a été lancé pour obtenir des réformes politiques devant immédiatement déboucher sur le départ du pouvoir du Président Faure GNASSINGBE, légalement élu et dont le mandat court jusqu’à 2020.

Cet appel à un soulèvement populaire qui n’est rien d’autre qu’une insurrection, puisqu’il faut appeler les choses par leurs noms, a eu un effet boule de neige.

Les anciens partis politiques qui se réclament de l’opposition, usés par de longues années de combat politique mal ficelé, ont rapidement saisi la perche tendue par le meneur de l’anarchie, le Sieur ATCHADAM. D’où la naissance d’une coalition contre nature qui se voulait sauveur du peuple. S’en est suivi de longs mois de manifestations de rues de part et d’autre marquées par des violences, du vandalisme et des propos haineux de la part de la coalition face aux manifestations totalement pacifiques des partisans du pouvoir.

Comme on le voit, le schéma est clair :

1°/ D’une part, la coalition qui voulait en découdre avec le Président en exercice et le faire plier, en violation de toutes les lois de la République, voire de la Constitution de 1992 dont ils se font les ardents défenseurs. Pour l’opposition donc, le problème est essentiellement politique et ils prétendent tirer leur légitimité du peuple qui exige, toujours selon eux, le renversement de l’ordre constitutionnel. Fait puni en réalité par l’article 148 de la constitution.

2°/ D’autre part, le pouvoir fait valoir que tout doit se faire dans le cadre de la loi c’est-à-dire dans le strict respect de la constitution. Donc, les dirigeants privilégient l’aspect politico-juridique pour pérenniser l’Etat de droit facteur indispensable à la démocratie dans la paix.

Et c’est l’équation que les facilitateurs sont appelés à résoudre.

Les deux hommes ayant déjà fait l’expérience de la dictature sont donc outillés pour apprécier. Mieux, ils sont de cultures politiques différentes, donc complémentaires.

Le point clé c’est qu’ils sont des juristes de haut niveau et n’ignorent rien des relations de cause à effet entre la démocratie et l’Etat de droit, étant entendu que l’un ne peut se bâtir au mépris de l’autre.

Nous sommes donc à la croisée des chemins et attendons le prochain sommet de la CEDEAO pour voir le bout du tunnel.

En attendant, toutes les interprétations relatives au communiqué final très diplomatique publié par la facilitation suite à la rencontre de Lomé, relèvent du sale jeu politicien habituel qui caractérise certains membres de la coalition qui cherchent, par tous les moyens, à tirer le tapis vers eux pour faire croire à leurs militants qu’ils sont en pole position.

Les Togolais doivent plutôt faire preuve de responsabilité, de patriotisme et de doigté pour trouver une solution réfléchie et juste aux difficultés politiques que traverse notre pays en ces temps.

Les ronronnements de Mme JOHNSON-ADJAMAGBO ne changeront rien aux réalités du terrain. Jusqu’à présent, la coalition a manqué de lucidité et cette posture a fait du tort à leur propre cause.

Cette propension à vouloir coûte que coûte chasser le Président Faure GNASSINGBE du pouvoir comme un malpropre, en d’autres termes, cette volonté dictée par un acharnement injustifié à forcer le Président togolais à rendre gorge en l’amenant de gré ou de force à annoncer son départ par anticipation ici et maintenant au nom d’un peuple togolais que le chef de file de l’opposition, M. FABRE, ne connait même pas, est politiquement pénalisant, malsain et suicidaire à plus d’un titre.

Le Président Faure a aussi ses nombreux partisans qui l’ont élu. C’est la majorité silencieuse dont on parle si peu et qui peut réagir le moment venu. Dans ce cas de figure, ce sera la chienlit.

Les protagonistes de la scène politique togolaise doivent se faire une raison.

Ils n’ont aucune chance de s’en sortir par des pirouettes, des amalgames, de la démagogie et du populisme exacerbé vécus et qui ont caractérisé jusqu’à présent leur stratégie politique.

Il faut surtout éviter le piège de la personnalisation effrénée du débat politique. Car, en vérité, Faure n’est pas le problème. Il est incontestablement une partie importante de la solution. Chercher à l’évincer, c’est l’aventure et les conséquences peuvent être désastreuses pour toutes les parties.

Actuellement, le dossier togolais est mis en délibéré, si nous voulons emprunter le terme des juristes.

Bientôt le délibéré sera vidé par la Conférence des Chefs d’Etat de la CEDEAO et la boucle sera bouclée. Il faudra alors tourner la page et se consacrer aux préoccupations du développement. Le seul combat qui vaut la peine d’être mené. Car, le Togo doit rester la seule boussole dont les Togolais ont besoin pour avancer dans leur quête de liberté et de justice bref, de la démocratie si souvent galvaudée.

 

Rodrigue

 

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