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La C14, vers le boycott.

Décryptage : Elections législatives au Togo : le scénario du pire

Au Togo, depuis 1990, l’histoire se répète comme si rien ne change. Et pourtant, tout change. Sauf que l’opposition, dans son obstination légendaire, croit ne jamais changer parce qu’elle veut écrire l’histoire à son image.

D’abord, il est constant, dans notre pays, qu’à un moment donné, un groupe de partis politiques, pour une raison ou une autre, à la faveur d’un événement quelconque, s’organise et se constitue en une entité radicale pour s’ériger en seul interlocuteur du pouvoir.

Ainsi, au sortir de la Conférence Nationale en 1991, on parlait déjà des partis de l’opposition traditionnelle. Ce qui a automatiquement exclu les nouveaux partis créés. En 1994, les partis de l’opposition traditionnelle se sont scindés en deux. On trouve d’un côté, les participationnistes et de l’autre les non participationnistes.

Les participationnistes qui avaient pour têtes de pont le CAR et l’UTD, ont pris part aux législatives de 1994. Ils ont gagné. Malheureusement, ils ont mal géré leur victoire et n’ont pas pu en profiter.

En revanche, les non participationnistes qui comptaient dans leur rang l’UFC, ancêtre de l’ANC, et la CDPA se sont abstenus et ont été marginalisés pendant cinq (5) ans.

N’eut été l’aura personnel de Gilchrist OLYMPIO, à l’époque un véritable mythe, on ne parlerait plus de ces partis aujourd’hui. Durant les cinq ans de leur traversée de désert, ils n’ont jamais accepté que Me Yawovi AGBOYIBO, avec 36 Députés à l’Assemblée Nationale, porte le titre de chef de file de l’opposition. Sous l’impulsion de Jean-Pierre FABRE, on a consacré la division de l’opposition en parlant de l’opposition parlementaire et de l’opposition extra-parlementaire considérée comme pure et dure.

En 2002, l’opposition extra-parlementaire a préconisé le boycott, stratégie qui a permis à EYADEMA de disposer à l’Assemblée Nationale de la majorité requise pour modifier la constitution de 1992 à sa guise pour se faire réélire en 2003 avant de décéder en 2005.

A sa mort, en 2005, l’opposition s’est constituée en coalition, mais contrairement à leur calcul, les leaders de cette coalition avec Me AGBOYIBO en tête, n’ont pas accepté leur défaite électorale. Ils avaient déjà conçu un plan machiavélique pour semer le chaos dans le pays si d’aventure, la victoire leur échappait.

C’est pour cela que la violence qui a émaillé les élections a été déclenché seulement le jour de la proclamation des résultats. Il avait alors fallu la riposte appropriée des forces de sécurité et de défense pour venir à bout de ce qui s’annonçait comme une insurrection appelée à tout balayer.

Après l’Accord Politique Global de 2006, l’opposition a créé plusieurs regroupements parfois avec les organisations de la société civile notamment le FRAC (2010), CST (2012), CAP 2015 (en 2015).

Tous ces regroupements qui avaient voulu se servir des manifestations de rues pour reprendre la main ont lamentablement échoué. En 2017, alors que CAP 2015 était essoufflé, le PNP rentre dans la danse et la C14 vit le jour. Avec l’apport de la base religieuse et ethnique de M. Tikpi ATCHADAM, les manifestations ont été relancées et tout se passait comme si enfin, le pouvoir était ébranlé. Ce qui, en partie, est vrai.

Il se trouve que dans l’euphorie générale, les figures de proue de la C14 ont perdu la tête et la violence qu’ils ont organisé, les ont desservis. D’où le départ en exil de Tikpi ATCHADAM, le patron du PNP.

Avec l’intervention de la CEDEAO au moment même où le Président Faure GNASSINGBE présidait la Conférence des Chefs d’Etat, la coalition a, une fois encore, confondu vitesse et précipitation croyant pouvoir tout gagner sur tapis vert.

Eu égard à la programmation des législatives pour le 20 décembre 2018 conformément à la feuille de route de la CEDEAO, la C14 a perdu ses boussoles et tente désespérément de remettre la pendule à son heure.

De l’autre côté, le pouvoir tient absolument à ce que le scrutin soit organisé pour se débarrasser des radicaux grâce aux urnes.

Actuellement, tout porte à croire, sauf miracle de dernière minute, que la C14 a opté pour le boycott, le scénario du pire.

Et comme c’est souvent le cas, la Conférence des Evêques du Togo est montée au créneau en soutien à la C14 pour prédire un désastre si la C14 n’est pas écoutée c’est-à-dire si on ne se plie pas à ses exigences.

Les Evêques, comme frappés d’amnésie, ont délibérément oublié que FABRE faisait partie de la commission chargée du découpage électoral, mais avait refusé de siéger. Les Evêques ont réagi comme s’ils ne savaient pas que la nature a horreur du vide. Les Evêques n’ont jamais tenu compte des graves manquements de la C14. Les Evêques se sont ainsi empêtré dans une posture manichéenne en laissant croire que le pouvoir est le mal absolu et l’opposition, la victime.

Nous n’avons rien contre ce parti pris des Evêques. Nous constatons seulement qu’ils n’ont jamais conseillé à FABRE et consorts de discuter avec le pouvoir c’est-à-dire parler entre Togolais. Si cette nécessité se présente, ils font comme s’ils ont un trou de mémoire.

Parfois, lorsque FABRE tient des propos indignes d’un chef de file de l’opposition qui ambitionne de diriger un jour le Togo, l’Eglise catholique garde silence et fait comme si de rien n’était.

La stratégie de boycott permanent n’a jamais été payante. Elle a déjà montré ses limites.

Le refus du respect des échéances électorales constitutionnelles et surtout le refus de participer à toutes les commissions, la propension à déserter l’hémicycle, haut lieu du dialogue démocratique, sont autant de signes qui montrent la raideur positionnelle de la C14 et la preuve que ces politiciens ne sont pas de bonne foi et qu’ils sont le symbole même de la négation démocratique.

La coalition a toujours péché par excès de confiance lorsqu’elle fonde toute sa stratégie sur les manifestations de rue.

Si la C14 refuse de participer aux législatives, il n’y aura pas le déluge au Togo.

Certes, la démocratie marquera le pas et va même régresser, mais l’opposition seule sera comptable devant le peuple.

En optant pour le scénario du pire, la C14 va droit dans le mur.

A bon entendeur, salut.

Rodrigue

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