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La coalition face à ses propres turpitudes.

Le temps de la vérité : Rétrospective politique au Togo

Il est temps, depuis le 19 Août 2017, de prendre du recul et de faire le bilan des actions menées par la coalition des 14 partis afin de présenter les résultats obtenus et les objectifs atteints.

Le 19 Août 2017, le phénomène Tikpi ATCHADAM s’est révélé au grand jour à l’issue des manifestations qu’il a organisées simultanément à Lomé, dans cinq villes de l’intérieur du pays et dans des villes à l’extérieur du Togo.

En raison du mode d’action qu’il a choisi, ces manifestations populaires ont connu un retentissement extraordinaire dans l’opinion nationale et internationale.

Beaucoup ont cru que cet homme allait incarner une nouvelle force politique qui va sortir l’opposition de l’enlisement, du traintrain habituel et lui permettre de briser le cercle vicieux de l’inertie et de l’absurdité. Sa démarche a tout de suite séduit les masses qui ne croient plus en la capacité intrinsèque de Jean-Pierre FABRE, chef de file de l’opposition, à provoquer un changement de qualité pour permettre à notre pays de faire un saut qualitatif sur le chemin de la conquête de la démocratie.

Mais, de l’avis de tous les observateurs sérieux, il s’est avéré que Tikpi ATCHADAM est un anarchiste professionnel en raison de ses outrances verbales qui ont poussé ses partisans à franchir le Rubicon pour s’attaquer aux éléments des forces armées égorgés dans des circonstances spectaculaires pour semer la terreur et faire trembler le pouvoir.

 Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que dans cette épreuve d’affrontement, le rapport de force n’était nullement en sa faveur. La réaction très ferme du pouvoir l’a contraint à adopter une posture de victimisation alors qu’en réalité, il devait faire preuve de prudence en sachant que, dans la vie, chaque enfant doit apprendre qu’à force de s’amuser avec le feu, on se brûle doigt.

Dans ce jeu politique de quitte ou double, Tikpi ATCHADAM qui a feint de jouer, au départ, au rassembleur en tendant la main au CAP 2015, a été étourdi par le succès temporaire qu’il a cru  obtenir. L’euphorie l’a égaré.

D’abord, dans ses déclarations, il a poussé le bouchon trop loin. En d’autres termes, il a privilégié le populisme démagogique en exigeant, tout de go, le retour de la constitution de 1992, avec pour conséquence, le départ du Président Faure GNASSINGBE du pouvoir alors que ce dernier était en plein milieu de son mandat qui se termine légalement en 2020.

Il s’agit là, sans aucun doute, d’une entreprise insurrectionnelle mal ficelée. Plus tard, on a découvert que la finalité réelle poursuivie le 19 Août 2017 était, ni plus ni moins, le renversement du régime sous la pression de la rue. Ce qui est la preuve que les idées n’ont pas été mûries et que l’enthousiasme du moment a fait tourner la tête au leader du PNP qui a cru, à tort, que le pouvoir était aux abois et donc susceptible d’être ramassé.

Après la création de la coalition, on a repris le slogan du retour à la constitution de 1992 avec pour implication le départ immédiat de Faure GNASSINGBE du pouvoir. Il se trouve que personne dans la coalition n’est en mesure de présenter un scénario acceptable sur le plan juridique voire politique pour soutenir la thèse du retour de la constitution de 1992 dans sa version originelle. C’est justement sur ce point que la coalition a enregistré son premier échec.

Toujours dans cette fuite en avant, la coalition a exigé l’engagement public de Faure GNASSINGBE à ne plus se présenter à l’élection de 2020 et timidement, la mise sur pied d’une transition politique. Sur ces plans aussi, rien ne peut justifier qu’un Chef d’Etat en fonction accepte de ne plus se présenter à la fin de son mandat, dès lors qu’il n’a pas violé la Constitution en vigueur qui n’a fixé aucune limite aux mandats présidentiels dans notre pays. Mieux, la  nécessité d’une transition ne s’impose guère a priori.

C’est ainsi qu’une fois encore, la coalition a mordu la poussière, parce que les facilitateurs qui étaient, entretemps, entrés en scène n’ont pas approuvé cette tendance qui, à leurs yeux, n’a rien de légal, ni de démocratique.

Faute de parvenir à ses fins, la coalition, de guerre lasse, a été obligée de se soumettre, après ses échecs répétés, à la feuille de route de la CEDEAO qui a préconisé une série de recommandations dans le respect de la constitution, notamment, les réformes constitutionnelles et institutionnelles, l’organisation des élections locales et législatives etc…

Dès lors, la coalition cherchait désespérément la faille pour se rattraper. Et la première planche de salut fut la CENI dont la recomposition a été exigée en lieu et place du renforcement proposé par la CEDEAO.

Aujourd’hui, tout le débat se cristallise autour de la parité dans la composition de la CENI.

Il va sans dire que dans cette démarche, les choses ne peuvent pas se faire comme s’il n’y a pas de loi au Togo. La coalition ne peut pas non plus demander à UNIR de lui faire un quelconque cadeau en avalisant purement et simplement la liste qu’elle a proposée. Nous sommes en politique et chaque parti politique a le droit de se défendre et de protéger ses intérêts. L’UFC est dans le cas. Ce parti a raison de s’opposer au diktat de la coalition d’autant plus qu’à l’Assemblée Nationale, il existe des règles rigoureuses. Par exemple, l’UFC, malgré son accord politique avec le RPT en 2010, continue à occuper les rangs de l’opposition parlementaire. Et il n’appartient pas à un petit conglomérat de partis hétéroclites d’en décider autrement. On ne peut pas se permettre de poser des actes qui constitueront un précédent dangereux en démocratie et qui risquent, sur le plan juridique, de servir un jour de jurisprudence. Même UNIR majoritaire à l’Assemblée, ne peut pas s’offrir le luxe de violer les règles de l’hémicycle pour faire plaisir à la coalition. Le mal togolais, c’est la propension à appliquer la loi quand cela arrange et à la violer quand cela dérange. C’est ce qu’on appelle l’application sélective des lois.

Le temps de la vérité a sonné.

En l’espèce, les règles doivent primer sur toutes autres considérations partisanes. Nous savons tous qu’il existe toujours une inégalité d’hiérarchisation entre les hommes, mais devant la loi, l’égalité doit être respectée.

En définitive, on constate aujourd’hui que la coalition a fait tout ce bruit pour parvenir à un piètre résultat qui est la parité de la CENI. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?

Si tout le tapage orchestré pendant un an se solde par l’exigence de la parité à la CENI, nous sommes fondés de dire que la montagne a accouché d’une souris. Car, tout compte fait, il s’agit d’une tempête dans un verre d’eau.

Pour notre part, nous dirons à juste titre : Tout ça pour ça ? Quel gâchis ?

Rodrigue

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