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De la nécessité d’appuyer les entreprises de pré-collecte 

Environnement : Le ramassage des déchets solides à Lomé

Aujourd’hui, la ville de Lomé fait partie des villes dans lesquelles la problématique de la gestion de l’environnement est pertinente. Les atteintes à l’environnement sont généralisées et croissantes. La collecte des ordures ménagères et l’élimination des eaux usées constituent l’une des plus grandes difficultés que rencontrent les autorités municipales. Ces difficultés se traduisent par une accumulation de déchets ménagers, l’érection de nombreux dépôts sauvages et la stagnation des eaux usées et pluviales dans de nombreux quartiers. Le taux de ramassage d’ordures ménagères est faible malgré la multiplication, ces dernières années, des entreprises de pré-collecte quotidienne.

La faiblesse du taux de couverture de ces services importants a pour conséquence un environnement insalubre, malsain caractérisé par la pollution de l’air, du sol, du sous-sol et la dégradation du cadre de vie des populations.  Surtout celles qui habitent les quartiers périphériques.

Il n’est un secret pour personne que le rythme de croissance engendre des besoins dans tous les domaines à tel point que la gestion des déchets a toutes les chances de passer après d’autres priorités. C’est  notamment le cas de la commune de Lomé qui connait une extension particulière.

La population de la capitale togolaise était de 500.000 habitants dans les années 1970. Aujourd’hui, cette population est estimée à presque 2.000.000 habitants. Cette forte croissance de la population entraine une augmentation du volume de déchets ménagers solides et liquides dont la gestion devient de plus en plus difficile.

La réorganisation de la filière de gestion de déchets solides urbains entreprise par la municipalité de Lomé à travers le Projet Environnement Urbain de Lomé (PEUL) a du plomb dans l’aile et peine à se concrétiser dans le vécu des ménages.

Les Togolais ont en mémoire qu’en 2009, l’Agence Nationale de Promotion et de Garantie de Financement des PME/PMI (ANPGF) a acquis une cinquantaine de tracteurs neufs équipés de bennes qu’elle est censée distribuer aux entreprises constituées de jeunes s’investissant dans la pré-collecte des ordures ménagères (soit un total de 27 sociétés). Ce geste était salué à l’époque parce que cela a permis le lancement de la mécanisation du système de pré-collecte des déchets solides et l’abandon des charrettes communément appelés pousse-pousse dont se servaient les jeunes éboueurs pour effectuer cette tâche ardue.

Près de dix ans après, le bilan de la gestion de ces tracteurs est très mitigé. Certes, le spectacle qu’offraient les jeunes employés par les entreprises de pré-collecte en tractant péniblement les charrettes, les uns tirant devant, les autres poussant derrière, n’est plus visible dans les rues de Lomé, mais il n’en demeure pas moins vrai que la collecte des déchets solides ne se fait de manière efficiente.

Certains responsables des entreprises de pré-collecte que nous avons approchés, à l’époque, nous ont expliqué qu’ils ont eu toutes les difficultés du monde à acquérir les tracteurs parce qu’il fallait s’engager à verser périodiquement un cautionnement à la municipalité avant de les acquérir. A priori, cela paraît justifié mais au regard des comptes et des difficultés qu’ils rencontrent avant de payer le personnel, ils ont jeté l’éponge. Et force est de constater que l’histoire leur a donné raison. En effet, les entreprises de pré-collecte qui se sont débrouillées pour se procurer les tracteurs en font les frais aujourd’hui et connaissent des fortunes diverses. Combien de fois n’a-t-on pas vu ces tracteurs en panne garés ou stationnés en plein milieu de la rue et dégageant des odeurs nauséabondes dans les quartiers ? Nous n’osons même pas faire cas des risques d’accident générés par ces véhicules dont le mauvais stationnement entrave le trafic routier urbain.

Il arrive quelques fois que le ramassage des ordures devienne épisodique c’est à dire, une fois par semaine ou plus au lieu de un jour sur trois etc. Cela a pour conséquence l’abandon des seaux des sacs d’immondices et des bacs à ordures qui squattent les devantures des maisons dans plusieurs quartiers.

En temps normal, une telle situation qui affecte la qualité de vie des habitants devrait interpeller les autorités municipales et autres responsables de l’assainissement et de l’hygiène.

Après avoir approché certaines entreprises de pré-collecte des déchets, il revient que cette situation est due non seulement à la mauvaise gestion interne faite par les responsables mais aussi à l’irrégularité voire le refus des habitants de payer les 3.000 francs qui constituent la somme forfaitaire pour le ramassage des ordures ménagères : « Ce sont dans les maisons à location qu’on nous crée plus des problèmes. Les locataires nous demandent de revenir sans cesse parce que l’argent n’a pas été cotisé en totalité. Or, c’est cet argent collecté en bravant le soleil et la pluie qui nous permet de payer du carburant, d’entretenir le tracteur et de donner ensuite une rétribution aux agents qui se démènent pour récupérer les ordures. » maugrée un collecteur de fonds d’une entreprise chargée de la pré-collecte d’ordures à Lomé. Et pourtant « nous nous investissons sans retenue dans ce travail parce que c’est avant tout notre quartier et notre ville. A la limite, ce que nous faisons, c’est du bénévolat » conclue-t-il.

Dans le quartier Avénou dans la banlieue Ouest de Lomé, il est 10 h du matin. Une dame portant un seau  rempli d’ordures se dirige d’un pas décidé vers l’espace désert jouxtant l’école primaire publique du quartier. Sans aucune gêne, elle déverse nonchalamment le contenu de son seau sur la pile de déchets qui meuble le lieu. Quelques dizaines de mètres seulement séparent ce dépotoir des étalages des revendeuses qui servent à manger aux enfants pendant la récréation.

Nos regards se croisent alors qu’elle retourne sur ses pas. Lorsque nous lui demandons si elle se rendait compte que son geste mettait en danger la vie des écoliers, elle affiche un sourire et répond qu’elle n’a pas le choix parce qu’il n’y a aucune benne à ordures dans le quartier et que ce sont les tracteurs de l’entreprise chargée du ramassage qui doivent récupérer les ordures. « Comme elles viennent comme bon leur semble depuis un certain temps, nous sommes obligés de déverser nos ordures dans cet espace inhabité. » a-t-elle ajouté.

Ce comportement ne semble pas typique dans ce quartier abritant pourtant plusieurs écoles publiques et privées, des églises et des terrains de jeux. Dans plusieurs quartiers de Lomé, les terrains non bâtis sont enherbés et transformés en dépotoir sauvage. Quand on ajoute à cela, l’inexistence des réseaux d’égouts pour l’évacuation des eaux usées et pluviales, on observe une dégradation du cadre de vie des populations et une forte incidence des maladies hydriques.

En réalité, le secteur de l’assainissement est dominé par des ouvrages autonomes autour des infrastructures routières et principalement dans le centre-ville. Il n’y a donc pas de système d’assainissement collectif.

Depuis quelques années, les projets PAZOL et PURISE financés par les partenaires en développement, se préoccupent de l’aménagement de la construction des caniveaux et de grands collecteurs pour permettre la rétention et la gestion efficiente des eaux de pluie. Mais, tout porte à croire que ces projets sont essentiellement destinés aux zones inondables de Lomé au détriment d’autres quartiers où les eaux usées et pluviales stagnent dans les caniveaux et drains. Il est courant de voir les riverains déverser leurs ordures dans ces eaux sans craindre d’être inquiétés par la municipalité.

En tout état de cause, il faut une implication sans faille d’abord des populations elles-mêmes, ensuite de la municipalité et enfin de l’Etat pour résoudre le problème de la collecte des ordures.

Nous nous félicitons, dans une certaine mesure, que des centres d’enfouissement de déchets soient créés par des particuliers et par les pouvoirs publics pour régler le problème de la gestion des déchets solides mais ils ne sont pas encore adaptés au rythme de croissance de la population urbaine. Il faut donc que, dans la mesure du possible, les moyens matériels et humains soient être décuplés et déployés au profit des sociétés de ramassage d’ordures pour le bien-être de tous.

Julles

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