Editorial

Les Togolais entre amnésie et contradictions

Nous sommes à l’orée d’une nouvelle année : 2017.
Tous les Togolais, quelle que soit leur appartenance politique, religieuse, régionale ou ethnique, ont le devoir de s’interroger sur un nombre de réalités qui constituent des goulots d’étranglement, véritable handicap qui empêche de nous projeter vers la solidarité, le progrès, bref le vivre-ensemble.
Nous avons besoin d’approfondir la réflexion en nous disant que le Togo est notre patrimoine commun et que nous n’avons aucun intérêt à privilégier une situation conflictuelle permanente susceptible de nous conduire ensemble vers le chaos et l’incertitude.
Il se trouve, malheureusement, que depuis notre indépendance en 1960 et même un peu avant, en 1958, notre pays a vacillé entre amnésie et contradictions parce que nous nous sommes volontairement convenus de ne jamais aborder certains sujets considérés comme tabous. Par exemple, M. Sylvanus OLYMPIO ayant été le père de l’indépendance, ne devait pas, selon ses partisans, faire objet d’une quelconque critique. Il était sacralisé donc non critiquable. Pour ceux-là, c’est un point, un trait. Cette vision était une grave source de dérive parce que l’intéressé (Sylvanus OLYMPIO) de son vivant, avait commis beaucoup d’abus de pouvoir. Malheureusement, pour le commun des Togolais, critiquer OLYMPIO était un crime de lèse-majesté de son vivant, un véritable sacrilège après son assassinat dans des circonstances non encore élucidées aujourd’hui.
Il nous revient, à nous les Togolais, d’accepter que nos idoles ou nos icônes étaient des humains et peuvent donc commettre des fautes qui aujourd’hui nous pénalisent.
Si c’est le cas, nous devons reconnaître et accepter que feu Sylvanus OLYMPIO a commis des fautes politiques graves. De même, feu EYADEMA en a commis autant sinon plus que OLYMPIO parce qu’il avait exercé le pouvoir durant 38 ans, c’est-à-dire plus longtemps.
A quoi assistons-nous aujourd’hui? Les partisans de feu OLYMPIO considèrent que, à cause de son assassinat, critiquer  cet homme est un crime de lèse-majesté.
Et puisque nous sommes sur un terrain purement politique et fondamentalement historique, les partisans de EYADEMA ne veulent pas être en reste. Ils considèrent qu’ils ont le devoir de défendre EYADEMA contre vents et marées pour ne pas offrir le  flanc et, par ricochet, perdre le pouvoir derrière lequel tout le monde s’abrite ou court.
Ceux qui détiennent le pouvoir, veulent absolument le conserver à cause de ses délices.
En revanche, ceux qui le convoitent pensent que ceux qui sont au pouvoir doivent être chassés par tous les moyens parce que leurs adversaires ne trouvent aucune grâce à leurs yeux.
Mais au jour d’aujourd’hui, rien ne prouve que les opposants feront mieux s’ils arrivent au pouvoir.
C’est pourquoi, il faut approfondir la réflexion pour améliorer l’existant avant de faire le saut dans l’inconnu. En définitive, il n’est pas donné à tout un chacun de gérer l’incertitude.
Nous sommes tous interpellés en ce début d’année nouvelle pour prendre conscience d’une réalité intangible, celle de trouver ensemble une solution à nos problèmes communs. Ceux qui pensent qu’ils doivent d’abord conquérir le pouvoir politique avant d’instaurer la démocratie et développer le pays, sont des démagogues qu’il faut bannir.
Nous ne pouvons pas passer notre temps à nier la réalité des faits passés. Cela équivaudrait à une amnésie historique. Si nous avons opté pour cette logique, nous serons toujours en contradiction permanente avec notre propre histoire. Et c’est notre dilemme aujourd’hui.
Le Combat du Peuple, journal créé il y a 23 ans se veut un témoin éveillé de notre histoire. Nous ne dérogerons pas à ce devoir de vérité sacré.

Lucien MESSAN