Editorial

Les journalistes ont le droit d’avoir leur opinion.

EditorialLe Togo est un pays atypique où la classe politique, surtout l’opposition, au lieu de s’organiser pour trouver les voies et moyens susceptibles de permettre aux Togolais de sortir de l’ornière, opte pour des raccourcis pénalisants. L’opposition togolaise, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a toujours choisi d’agir en dehors du cadre légal pour atteindre ses objectifs inavouables. L’opposition parle souvent de consensus et de dialogue pour tordre le cou au droit. C’est incroyable. Mais, c’est toujours la même rengaine.

Et chaque fois, les acteurs politiques, surtout ceux qui ne luttent que pour conquérir le pouvoir, cherchent des bouc-émissaires souvent jetés à la vindicte populaire c’est-à-dire en pâture pour justifier leurs propres échecs.

Au Togo, la propension de l’opposition a toujours été de cibler les journalistes, de les culpabiliser et de jeter l’opprobre sur ceux-ci sous prétexte qu’ils n’adhèrent pas à leur stratégie de la pensée unique qui, dans leur entendement, permettra de balayer par la rue, le pouvoir en place.

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, mais parfois, nous devons faire l’effort, pour les besoins de la cause, d’expliquer à l’opinion publique togolaise certains aspects de notre métier pour une meilleure compréhension de nos approches.

Les partis politiques de l’opposition, lorsqu’ils sont dans leur logique de « révolution », cherchent à embrigader tout le monde, y compris les journalistes, dans leur barque. Ainsi, ils n’hésitent pas à pointer du doigt ces derniers en les qualifiant de traitres à la cause commune.

Ce que beaucoup de personnes ignorent, c’est que le journaliste est, avant tout, un citoyen. Il a donc le droit d’exprimer son opinion. Mais, il doit le faire en assortissant ses arguments de justifications fondées sur des faits avérés.

Par exemple, il existe deux façons de conquérir le pouvoir : par le haut ou par le bas.

Par le haut en participant aux débats démocratiques soldés par des élections présidentielles en bonne et due forme.

Par le bas en participant également aux débats démocratiques qui vont aboutir à la conquête des communes et des sièges des députés à l’Assemblée Nationale pour se donner une base locale.

En l’espèce, lorsqu’en l’absence de haute trahison, l’opposition exige la démission du Président élu alors que son mandat court jusqu’en 2020, elle est hors-la-loi c’est-à-dire qu’elle se met en marge du droit.

Les médias sont régis par des règles déontologiques et éthiques rigoureuses.

Le code de la presse est leur bréviaire. Ils ne sauraient agir hors de ce cadre légal.

C’est pourquoi les partis de l’opposition actuelle qui prétendent que le peuple manifeste et exige le départ du Président de la République verse dans la manipulation et la désinformation.

Il s’agit, à notre avis, d’une posture politique mensongère que nous ne saurons cautionner.

En réalité, le peuple veut la démocratie. Elle se bat pour cette finalité. En revanche, l’opposition vise le pouvoir. Toute la nuance se situe à ce niveau. Rien, a priori, ne prouve que lorsque les responsables de l’opposition arriveront au pouvoir par des voies non démocratiques, ils vont instaurer la démocratie.

Au jour d’aujourd’hui, nous doutons de FABRE et ATCHADAM. Ils ne sont pas, à nos yeux, des démocrates crédibles. Leurs démarches politiques sont aux antipodes des méthodes démocratiques. Nous avions fait, en son temps, la même observation au sujet de M. Gilchrist OLYMPIO et, en définitive, les faits nous avaient donné raison.

Au Togo, il n’existe pas de solutions miracles ni de recettes toutes faites pour arriver au pouvoir. Nous devons tenir compte de nos réalités propres et agir dans le strict respect de notre constitution.

Malheureusement, il est connu que la propension des opposants à violer la loi est notoire. Le peuple ne s’exprime pas bruyamment dans la rue en exerçant la violence sur les autres citoyens qui vaquent à leurs activités. Le peuple s’exprime dans les urnes, dans le calme. Il ne faut pas confondre des populations qui descendent dans la rue pour revendiquer telle ou telle chose avec le PEUPLE. Le faire,  c’est mélanger les torchons et les serviettes.

Les journalistes ne doivent pas être assimilés aux politiques. Il faut éviter de semer la confusion dans les esprits. Ceux qui classent les journalistes par catégorie d’appartenance politique ne comprennent rien à la chose. Ceux qui prônent la violence et poussent à l’affrontement tandis qu’ils vivent eux-mêmes dans leur pays d’adoption, sont des pyromanes irresponsables. Le combat pour la démocratie se mène ici et maintenant. Les casses, le vandalisme et autres destructions dont FABRE et ses militants ont le mignon secret n’appelleront de la part de leur adversaire que des répliques plus fortes qui ne feront que du tort à notre pays.

La presse a payé, dans le passé, un lourd tribut dans la lutte pour l’éradication de la dictature. La première victoire qui est un acquis majeur au Togo, c’est la liberté d’expression, d’opinion et, par ricochet, de la presse.

Nous n’accepterons jamais de nous laisser bâillonner par des pseudo-démocrates qui croient, à tort, que la presse doit leur servir de relais dans leur aventure suicidaire.

Il est temps pour que certains Togolais sachent que les professionnels de la communication au Togo ont appris à se battre avec leurs propres moyens. Nous ne pouvons pas lutter contre la dictature militaire pour instaurer la dictature de la pensée unique. Nous ne plierons pas. Nous en avons déjà vu d’autres et nous ne céderons pas au chantage, ni aux menaces.

Ceux qui croient soumettre la presse par des comportements agressifs se font des illusions et comprendront, sur le tard, qu’ils ont emprunté une voie sans issue. Nous, les journalistes ne serons pas les laquais des hommes politiques en mal de sensation forte. Mais puisque, nous sommes des démocrates, nous souhaitons à ceux qui veulent se servir de notre profession comme tremplin à des carrières politiques, bon vent. Ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. C’est leur droit.                      La suite nous édifiera tous.

Lucien MESSAN