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Etat des lieux et perspectives du phénomène au Togo

Dossier : La cybercriminalité : Comment enrayer le fléau
Dans l’édition C.P N°947 du 27 au 1er décembre 2017, nous avons publié un article sous le titre « Le revers du progrès : La cybersécurité au cœur des préoccupations. Doter l’Afrique de mesures répressives contre la cybercriminalité, un défi à relever » suite à la seconde réunion annuelle des experts des ministères en charge de la Sécurité et des frontières des pays membres du Conseil de l’Entente qui s’est tenu du 21 au 23 novembre 2017 pour discuter de la cybercriminalité.  Après avoir passé en revue la propagation de cette nouvelle forme de crime en Afrique et principalement dans la sous-région ouest-africaine, nous revenons à la charge en nous penchant sur le cas du Togo précisément.

Les informations recueillies de source policière indiquent que la cybercriminalité est survenue à la fin de la décennie 2000 au Togo par effet de la migration à partir de l’Ouest (Côte d’Ivoire) et de l’Est (Nigéria). Le pic a été atteint après la crise post-électorale qu’a connue la Côte d’Ivoire en 2010, avec l’arrivée des immigrés ivoiriens imbus de ces méthodes. Ce qui explique la part importante qu’occupent les expatriés dans les affaires d’infractions cybercriminelles portées devant les juridictions togolaises.

A titre illustratif, nous citons une affaire encore pendante qui a fait l’objet d’un point de Presse à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à Lomé le 14 décembre dernier. La Police nationale a présenté à la presse les membres présumés d’un réseau international spécialisé dans les enlèvements d’expatriés (Occidentaux) suivis de demandes de rançons. Le chef division criminel, à la Direction Centrale de la Police Judiciaire, le Commissaire principal OURO-SALIM Nouroudini, a notamment expliqué que « Cette interpellation fait suite à de multiples plaintes enregistrées par les services de sécurité sur les faits ci-dessus énoncés. En effet, selon les recoupements obtenus des diverses déclarations des victimes, le contact est noué par les kidnappeurs via internet, notamment par des réseaux sociaux tels que LinkedIn ou WhatsApp. Ils proposent à leurs victimes des affaires commerciales comme la vente de l’or ou de bois précieux en provenance des pays de la sous-région. Une fois que ces occidentaux arrivent à l’Aéroport International Gnassingbé Eyadema de Lomé, ils sont accueillis dès leur sortie. Ils sont ensuite conduits dans une villa aménagée où ils sont séquestrés, maltraités, au besoin, torturés et sommés de contacter les membres de leurs familles afin qu’elles paient une rançon pour obtenir leur libération. Dès qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent, ils l’abandonnent nuitamment dans un coin de la ville et disparaissent dans la nature. Saisie de ces plaintes, la Direction Centrale de la Police Judicaire a ouvert une enquête qui a permis d’identifier la villa où séjournent ces criminels. C’est ainsi que dans la soirée du vendredi 08 décembre 2017, une équipe d’enquêteurs de la Direction Centrale de la Police Judiciaire a investi le repère de ces malfrats et mis la main sur les membres de ce réseau. Au cours de cette intervention, un couple américano-suisse séquestré depuis son arrivée à Lomé le jeudi 07 décembre 2017 sur invitation des malfrats, a été secouru et libéré de justesse. Le couple a déclaré être venu de Dubaï où il réside, sur invitation de ces individus, pour une affaire d’or. Mais contre toute attente, il s’est rendu compte qu’il a affaire à une bande de criminels.

Interrogés, les quatre auteurs présumés ont reconnu les faits. Ils ont déclaré habiter à Cotonou au Bénin, mais que pour la réalisation de leur basse besogne, ils donnent rendez-vous à leurs victimes à Lomé.

La perquisition qui a suivi leur interpellation a permis de découvrir deux armes factices, un tournevis avec lesquels ils menacent et violentent leurs victimes, ainsi que plusieurs cartes SIM et supports informatiques en cours d’exploitation.

Ils seront présentés au Procureur de la République pour répondre de leurs actes. Et pour conclure, la Police nationale en appelle à la prudence et à la vigilance des populations face à l’ampleur que prend la cybercriminalité. De manière générale, toute proposition d’affaire très alléchante à travers les réseaux sociaux tels que LinkedIn, Facebook, Twitter, WhatsApp doit être prise avec beaucoup de réserve. » C’est-à-dire avec des pincettes.

Voilà brièvement présenté un cas d’escroquerie digne d’un scénario hollywoodien mais qui pourtant, ne représente qu’une infime partie de ce qui se passe en réalité sur la terre de nos aïeux.

Que dire, sinon qu’une prise de conscience du phénomène s’impose afin de permettre aux uns et aux autres d’être mieux aguerris. De nos jours, la cybercriminalité ne saurait être prise isolément. Son lien avec les autres infractions n’est plus à démontrer. Elle est à la base de la recrudescence du terrorisme, de la facilitation des blanchiments de capitaux, de l’augmentation de la criminalité transfrontalière organisée sous toutes ses formes (trafic illicite de migrants, trafic d’armes, de drogues…)

Accès internet déterminant le niveau de cybercriminalité

L’accès internet n’est pas le seul facteur influençant le phénomène cybercriminel. Bien d’autres interviennent :

Les mesures de précaution avec les centres de réponses aux incidents informatiques (CERT) ;

Les dispositifs de veille technologique et de détection des failles informatiques, notamment pour les grosses sociétés ;

La sensibilisation des usagers sur les dangers potentiels ;

La culture même de l’internet qui procure aux utilisateurs avertis des réflexes s’avérant quelques fois salutaires.

La vieille tradition de l’internet ayant cours en Occident outille mieux les utilisateurs de ces pays contre les attaques cybercriminelles. Ainsi, faut-il noter que dans ces pays, le type d’infraction est différent : les attaques sont plus osées et visent l’obtention de butins bien plus importants que ceux recherchés dans nos pays.

On peut donc dire que le phénomène est plus développé en Occident, même si les utilisateurs sont plus avertis que dans nos pays.

Les grandes tendances de la cybercriminalité au Togo : Synthèse des cas connus par la Direction Centrale de la Police Judiciaire

La cybercriminalité se définit en général comme toute infraction perpétrée à l’aide d’un ordinateur, de tout autre matériel numérique ou encore par un réseau de téléphonie ou d’internet.

De cette définition, ces moyens peuvent être considérés comme les agents de l’acte criminel, leurs facilitateurs ou leurs cibles.

A l’instar de la plupart des pays de la sous-région, la cybercriminalité connaît une expansion sans cesse croissante au Togo depuis la dernière décennie.

Nous évoquerons, tout au long de cet article, les cas de cybercriminalité les plus récurrents dans notre pays pour éveiller l’attention et la vigilance de nos populations.

  1. Les chantages à la vidéo.

Dans ce genre d’infractions, la victime fait la rencontre de son partenaire sur un réseau social. Usant de divers subterfuges, il (cybercriminel) arrive à instaurer une relation de confiance avec vous (victime) de laquelle naît, dans votre entendement, une situation amoureuse. Dès lors, le partenaire (cybercriminel) vous (victime) convie à une conversation vidéo au cours de laquelle il vous persuade de vous dénuder. Il s’arrange, pendant ce temps, à enregistrer la vidéo. Il peut, en outre, vous demander de lui expédier certaines photos sur lesquelles vous posez nu. Une fois en possession de ces vidéos ou photos, il vous fait chanter en menaçant de lui verser une somme d’argent sous peine de les diffuser.

La parade, pour ne point subir un tel chantage à la vidéo, est de :

  • Ne s’offrir en amitié à un quelconque inconnu ou de mener avec lui des discussions ;
  • Prendre soin, lorsque cet inconnu vous remémore certains faits et prétend vous connaître à merveille, de procéder à des vérifications minutieuses.
  • Ne jamais poser nu devant une webcam, ni expédier des photos coquines ou très sexy.

Si vous vous faites pourtant avoir, malgré toutes ces précautions, prenez sans plus attendre attache avec les services spécialisés de la police ou de la gendarmerie. Pendant ce temps, maintenir la discussion avec le cybercriminel sans engager le moindre sou et sans lui afficher votre intention de ne point céder à son chantage.

  1. Les arnaques au « love tchat ».

Le cybercriminel procède ici de même manière que pour les arnaques à la vidéo à la seule différence qu’après avoir établi la relation amoureuse, il joue sur votre sentiment pour solliciter plusieurs sommes d’argent sous de fallacieux prétextes (besoins urgents et vitaux).

La parade à ce type de criminalité est la prudence et la vigilance : Ne jamais concéder son amitié à un inconnu et surtout ne jamais expédier une quelconque somme d’argent sans vérification préalable.

  1. Les arnaques aux œufs de perroquet, aux noix d’argan, aux aloe vera et aux sèves de moringa.

Pour cette forme d’arnaque, le cybercriminel vous contacte et prétend être une de vos vieilles connaissances. Il livre des informations sur votre entourage, votre vie privée, votre cursus scolaire, voire des détails poignants sur votre vie. Les contacts sont établis généralement avec des numéros d’appels de l’étranger, notamment de l’Europe. Il vous fait croire qu’il procède habituellement à l’achat d’œufs de perroquet, de  noix d’argan, de plants d’aloe vera ou de sèves de moringa auprès d’un homme d’âge mûr pour les revendre à des étrangers avec une forte plus-value. Mais n’étant pas sur le territoire, il ne peut mener à bien lui-même cette affaire. Il vous propose alors ce commerce en vous communiquant les contacts de ses complices :

  • un premier se fait passer pour le fournisseur à qui vous devez expédier une somme d’argent pour la livraison de la marchandise ;
  • un autre s’identifie comme un acheteur et met la pression sur vous en réitérant sa volonté et son empressement à acheter la marchandise ;
  • un autre enfin se fait passer pour le transporteur chargé de récupérer la marchandise auprès du fournisseur.

Le présumé fournisseur vous demande de lui expédier une somme d’argent pour vous livrer un échantillon de la marchandise. Lorsque vous vous exécutez, le transporteur prend le relais. Pour pousser le vice plus loin, il vous demande de lui envoyer des sommes d’argent pour couvrir des frais de réparation d’un quelconque véhicule tombé en panne au cours de son déplacement.

Si jusque-là, vous cédez à ses offres et entrez en possession de l’échantillon, l’acheteur, jouant sa partition, vous demande s’il est convenablement emballé. Bien évidemment, vous lui répondez par la négative. Il vous demande alors de prendre contact avec le fournisseur pour qu’il fasse emballer le lot de produits à livrer. Ce dernier réclame à son tour de l’argent pour l’emballage et autres charges afférentes. Puis, lorsqu’ils se sont sucrés au maximum, ils se fondent dans la nature en fermant leurs téléphones et en vous laissant en plein désarroi.

La prudence est vivement recommandée dans ces circonstances. Il est impérieux de ne point se laisser attirer par des propositions d’affaires trop alléchantes susceptibles de vous procurer un intérêt inattendu et très substantiel. Il y a lieu de les prendre avec beaucoup de circonspection.

  1. Les arnaques aux envois de conteneurs

Pour monter ces arnaques, le cybercriminel vous contacte et parvient à instaurer avec vous une relation de confiance. Puis, se faisant passer pour un bienfaiteur désintéressé, il vous soumet la proposition d’une expédition gratuite d’un conteneur de divers objets (véhicules, motos tout terrain, ordinateurs et autres matériels de bureau). Pour concrétiser cette expédition, il vous demande des sommes d’argent dérisoires par rapport aux objets à expédier. Ces fonds, dans son entendement, devront servir à honorer les frais de fret ou de douanes.

Il disparaît une fois en possession du maximum d’argent. Vous réalisez tardivement avoir succombé à une grosse roublardise.

Dans ce cas, il est vivement conseillé de prendre le recul nécessaire devant toute proposition d’une facilité déconcertante. Vous devez soumettre le cas aux services compétents de police ou de gendarmerie.

  1. Les arnaques au maraboutage

Ce sont les plus récentes formes d’arnaques bien qu’elles aient déjà emporté un nombre élevé de personnes. Elles se nourrissent de l’effroi des gens sur les capacités de nuisances des marabouts et des interprétations mystiques qu’ils prétendent donner aux divers événements qui surviennent dans la vie de toute personne.

Ici, un individu vous contacte et vous annonce qu’il réside au Burkina-Faso ou au nord Togo. Il se présente comme un marabout de grande notoriété et vous signifie qu’une tierce personne, qui souhaite vous faire du mal, serait venue le voir avec votre photo et votre identité complète pour vous jeter un mauvais sort si funeste soit-il. Il poursuit en vous déclarant qu’il s’est senti le devoir d’arrêter le processus, saisi par un profond remords, après avoir déclenché son action. Pour annihiler les effets dévastateurs de cette action, il demande instamment à vous rencontrer. Il réclame alors de menus objets devant servir à des rituels expiatoires tout en vous précisant qu’ils ne peuvent être vendus qu’à des initiés. Il finit par couper les ponts avec vous une fois vous avoir soutiré suffisamment d’argent.

  1. Les arnaques à l’héritage

Elles ont connu leur heure de gloire au début de la décennie, mais refont surface depuis quelques mois.

Dans cette catégorie d’infractions, les victimes sont contactées par les délinquants qui leur font croire qu’un riche parent à eux serait décédé et aurait laissé un important héritage (compte bancaires fournis, caisses contenant des lingots d’or…). Sur la base de faux documents bancaires ou des Ministères en charge des mines, ils demandent à leur victime de leur envoyer des sommes d’argent qui, selon eux, devraient leur servir à payer une caution ou à amorcer les formalités douanières en vue de l’expédition de l’héritage.

Le palliatif à cette famille d’infractions est de s’adresser aux services publics compétents pour vérifier l’identité du présumé défunt, et au besoin, de se renseigner auprès des membres de la famille.

  1. Les arnaques à l’emploi

Comme l’indique leur nom, les arnaques à l’emploi consistent, pour le délinquant, à faire passer un communiqué, généralement via WhatsApp ou Facebook, annonçant un ou des postes ouverts dans une institution connue ou  non. Il indique un lien qui renvoie à un formulaire à remplir ou à des numéros de téléphone. De fil en aiguille, les victimes sont invitées à envoyer des montants pas très élevés mais qui, pris ensembles à l’échelle des demandeurs, constituent une belle cagnotte pour le délinquant.

Dans le contexte actuel où les gens sont très fragiles et marqués par la crise économique et sociale, ils se tournent désespérément vers toutes sortes de mysticisme susceptibles de les sortir de l’ornière. Il faut savoir raison garder et être particulièrement prudent pour ne point tomber dans ces genres de traquenards. Il est judicieux de s’interroger sur les raisons évidentes qui pourraient conduire un marabout à se retourner subitement contre ses clients potentiels auprès de qui il tire sa raison d’être pour les dénoncer à leurs cibles.

Toute personne, dans cette situation, devra promptement soumettre son cas aux services de sécurité.

Comme on le voit, les cybercriminels ont l’imagination très fertile pour déjouer l’attention et la vigilance de toute personne. Tout ce qu’ils proposent est souvent trop beau et bon pour être vrai. Il importe à chacun d’entre nous, devant les difficultés et épreuves quotidiennes, de ne point saisir toutes sortes de facilités qui s’offrent. Elles conduisent malheureusement et souvent vers des destins cruels, irréversibles et fatals.

Au regard de ce qui précède, il est impérieux de préciser que seule la vigilance accrue des populations ainsi que le partage d’informations en  temps réel en cas de suspicion ou de doute lorsqu’une affaire est proposée sur internet ou sur portable, peut sauver la majorité des victimes des cyber-arnaqueurs. D’autant qu’un vide criard demeure dans la législation togolaise en ce qui concerne les infractions cybercriminelles. Vivement, que ce retard soit comblée par les Autorités pour la sécurité et le bien-être des citoyens.

 

C.P

 

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