Actualités

Le Gouvernement doit mettre fin à la chienlit

Fonction publique : Où en est-on avec le projet de réformes au sein de l’Administration ?

En janvier 2013, le Gouvernement togolais, sous la pression des organisations syndicales, a provoqué en jour férié une session extraordinaire de l’Assemblée nationale qui a imprimé le processus précipité d’adoption du statut général de la fonction publique. Brandie, à l’époque, comme une trouvaille à l’apaisement du climat social en ébullition et comme un des acquis du processus de réforme administrative enclenché par le gouvernement depuis 2006, cette loi de la fonction publique votée à la va vite n’a pu, à ce jour, insuffler une nouvelle dynamique sinon un nouveau souffle à l’administration publique en termes de meilleure gestion des ressources humaines et de satisfaction des citoyens eu égard aux prestations des services publics. En définitive, elle s’est avérée un épouvantail trompe-l’œil puisque les décrets d’applications attendent toujours.
Cinq ans après, force est de constater que les choses ne sont pas allées dans le bons sens. Au contraire, le climat social a connu une pollution aggravée avec, en toile de fond, des querelles intersyndicales et des grèves à répétition avec leur cortège de préjudices.



Entretemps, les audits stratégiques et organisationnels entamés à plusieurs reprises et censés réorganiser l’administration en assurant l’adéquation des profils aux postes, le redéploiement et le perfectionnement en continue des agents, peinent à être concrétisés car, menés à l’actif exclusif des cabinets externes doués d’une parfaite méconnaissance de l’histoire et de la culture administrative togolaise. C’est ainsi que la réforme et la modernisation de l’Etat à l’œuvre dans plusieurs départements se déroule sans un mécanisme global de coordination, faisant du ministère en charge de la fonction publique et de la réforme administrative une coquille vide au sein de l’appareil gouvernemental.
Les degrés élevés de démotivation, de corruption, de politisation, de l’ethnicisation et de lenteur administrative ne cessent pourtant d’être décriés quotidiennement par les citoyens et autres usagers. Nous n’en voulons pour preuve que les récentes statistiques qui révèlent qu’au Togo, le nombre des citoyens insatisfaits des rendements des agents de la fonction publique est en forte croissance. Ils sont 89% à ne pas être satisfaits du service rendu dans le secteur de la santé, 70% dans celui de la distribution de l’eau et de 55% en matière d’éducation et on en passe.
Dans le même registre, l’annonce d’un pseudo recensement général au sein de la fonction publique en 2011 avait semé un grain d’espoir. Beaucoup de Togolais ont cru, à tort, que ce serait la fin de la récréation. En effet, l’initiative de cette réforme qui devait être menée conjointement par les ministères de la fonction publique et celui de l’économie et des finances, avait été saluée par beaucoup d’observateurs car, elle était perçue comme une œuvre de salubrité publique qui avait pour objectif de fournir au Gouvernement avec exactitude, l’effectif des salariés émargeant à la fonction publique et d’assainir les finances de l’Etat. Il est dommage de constater que plusieurs ministres se sont succédés à la tête de ce département mais aucune initiative n’a été prise dans ce sens pour mettre fin au statu quo. Au contraire, la situation s’est davantage dégradée au point où les maux qui gangrènent l’administration publique sont désormais devenus un handicap majeur à son développement.
En réalité, il n’est point besoin d’être un expert en insertion professionnelle pour se rendre compte qu’il faille passer au crible la situation des remplaçants des agents décédés, en voyage ou fictifs, des bénéficiaires de double-salaires, des retraités véreux qui continuent de percevoir leur salaire mensuel plein et des absences plus ou moins chroniques non justifiées.
Au sein de l’administration togolaise transformée en une véritable mafia, le faux, l’usage de faux et la haute magouille font bon ménage. C’est à ce titre qu’à l’époque de l’annonce de la réforme de la fonction publique, un climat de peur était perceptible puisque l’application effective des mesures annoncées faisait craindre une débandade générale. Qu’à cela ne tienne. A tous ces manquements, s’ajoute l’absence de conscience professionnelle qui s’est généralisée comme une gangrène au sein de la fonction publique.
L’administration souffre terriblement de cette vertu professionnelle qui permet aux citoyens de jouir du service de l’Etat en bonne et due forme. De la mairie, en passant par les centres hospitaliers régionaux et même universitaires, des spectacles désolants sont observés. Il ne se passe pas un jour où les pauvres citoyens décrient l’accueil discourtois que les agents de l’administration leur réservent. Pour être mieux servis ou accueillis, le citoyen est obligé de se plier au diktat de ces agents qui réclament des pots de vin moyennant des services rendus. Pourtant, ils touchent leur salaire à chaque fin du mois avec primes à la clé.
Des agents indélicats pullulent dans l’administration publique et dérangent les citoyens au point que certains observateurs qualifient l’administration togolaise de « corrompue ». Elle sert mieux les plus offrants et laisse les citoyens vulnérables sur le carreau. Il a été plusieurs fois rapporté que le délai de retrait des pièces d’identité et dossiers légalisés dépend de la largesse ou de la générosité des citoyens. De même, la desserte en eau ou en énergie électrique, pour ne citer que ces deux prestations, relèvent d’un parcours de combattant même si l’on a déjà rempli toutes les formalités d’usage.
Au lendemain de la Conférence Nationale Souveraine en 1991 marquée par l’avènement du multipartisme, de nombreux fonctionnaires éprouvent, jusqu’à ce jour, d’énormes difficultés à se départir de ces mauvaises habitudes de la maison. Ceux qui ont des liens d’amitié, de parenté ou d’appartenance régionale avec des barons du régime, se basent sur ces affinités pour faire preuve d’une absence chronique au service, sans que leurs responsables hiérarchiques auxquels le phénomène n’échappe pas, ne puissent lever le petit doigt accusateur contre eux.
D’autres magouilles concernent les astuces et autres fourberies montées de toutes pièces pour percevoir indûment des salaires sont légion au sein de l’administration. Il s’agit, en l’occurrence, du cas des retraités qui continuent de toucher leur salaire mensuel, celui des agents qui, en complicité avec les services financiers, réactivent les dossiers des agents décédés dont ils détournent le salaire. Pour ce dernier cas, la chose est souvent rendu possible ou facile grâce à la méconnaissance de la famille ou des parents des agents défunts et des procédures en vigueur.
Au finish, si l’on veut appeler les choses par leur nom, le vrai problème reste celui de la tribalisation, de l’éthnicisation et de la politisation à outrance de l’administration publique togolaise.
Il s’agit d’un réel défi à relever. C’est un abcès à crever. Mais étant donné que l’obstacle est intimement lié au lourd héritage du régime RPT, nous sommes fondés de douter de la volonté politique des dirigeant à changer la donne. C’est là le hic.



Dès lors, la question se pose de savoir quel Gouvernement réussira à relever le défi de la réforme administrative au Togo en nettoyant les écuries, sans se mettre à dos ses amis du sérail dont de nombreux frères, cousins, maîtresses et autres protégés qui s’illustrent dans les habitudes de la maison. A défaut de le faire, le conseil supérieur de la fonction publique, outil inclusif à l’œuvre de la transparence administrative en matière de supervision des concours de recrutement, de classement et de contrôle des diplômes (article 16 du nouveau statut général) et autres, doivent être mis en place pour pallier tous les manquements relevés au sein de l’administration publique. A ce sujet, le Chef de l’Etat, Faure GNASSINGBE est interpellé pour prendre les décrets d’application du statut général devant consacrer l’existence de cette structure.
En tout état de cause, il est grand temps de faire le ménage afin de mettre fin aux magouilles qui n’ont que trop duré dans l’administration publique togolaise.

Julles

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *