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Intensifier la sensibilisation pour conjuguer le fléau au passé

Question de responsabilité : Célébration de la journée de la lutte contre le VIH-SIDA

Le 1er Décembre est la date marquant la célébration de la lutte contre le Virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH), responsable du Syndrome de l’Immuno-Déficience Acquise (SIDA) devenu, au fil des années, un fléau mondial. Ce jour de l’année retenu par l’Organisation Mondiale de la Santé ne constitue nullement une occasion de célébration face au net recul qu’a connu la progression de l’infection dans les années 90, mais plutôt une opportunité pour dresser un bilan afin de rappeler aux uns et aux autres qu’en matière de prévention contre le VIH-SIDA, la vigilance doit rester de mise. En effet, il est notoire que de nos jours, les maladies cancéreuses et autres pathologies vasculaires non contagieuses mais également dévastatrices ont ravi la vedette au VIH-SIDA au point que certains en viennent même à oublier son effet ravageur. Et pourtant, la réalité est implacable, le SIDA tue toujours. En témoignent les chiffres.

En 2016, plus de 5000 décès liés au SIDA ont été enregistrés sur le territoire national.

Le profil épidémiologique du Togo est marqué par des disparités liées aux régions, aux âges et surtout au sexe. D’une façon globale, L’ONUSIDA a relevé en 2016, environ 110 000 cas de Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH). La première disparité flagrante est celle du sexe. La gent féminine est la plus touchée par le fléau selon le rapport qui établit que 59 000 victimes sont du sexe féminin de plus de 15 ans. Entre 2014 et 2015, les taux prévalence au VIH sont évalués à 1,7% chez les hommes contre 3,1% chez les femmes. D’un point de vue spatial, la prévalence est accentuée en milieu urbain où les chiffres s’évaluent à 3,5% contre 1,5% dans les zones rurales. Lomé Commune détient le record de la prévalence au VIH au Togo par rapport aux villes de l’intérieur. Cela ne s’explique pas forcément par une amélioration des comportements responsables dans les villes de l’intérieur, où certains facteurs comme la pauvreté, laisse les jeunes à la merci des comportements à risques comme la prostitution des jeunes sans précautions préalables. Si Lomé commune détient le record en matière du VIH, c’est certainement dû à l’explosion démographique urbaine de la capitale où on enregistre le ¼ de la population nationale.

Toutefois, il faut noter que depuis le premier cas d’infection au VIH en 1987 au Togo, plusieurs acteurs se sont engagés dans la lutte contre la pandémie, et les résultats sont encourageants. A l’instar de certains pays subsahariens, le rapport de l’ONUSIDA fait mention d’une nette régression entre 2000 et 2016, que ce soit en terme de décès liés à la maladie qu’aux nouvelles infections.

Le Conseil National de Lutte contre le SIDA (CNLS) et le Programme des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) ont avancé des chiffres qui ont de quoi être optimiste sur la régression de la maladie. En effet, depuis 15 ans, il est constaté que chez les adultes, le taux d’infection a baissé de 50%, tandis que chez les adolescents, il est de 62%.

Les statistiques encourageantes révèlent que le nombre de morts liés au SIDA, pendant la même période, a diminué de 30%. Parallèlement, les malades sous traitement des antirétroviraux ont augmenté de 38.000 alors qu’en 2003, ils étaient seulement 500.

Voilà brièvement les chiffres publiés sur notre pays par l’organisation internationale en matière d’infection et de lutte contre le VIH-SIDA.

Ce qui a attiré notre attention dans ce rapport, c’est la disparité flagrante du taux de prévalence du VIH-SIDA au niveau du sexe. Il y a lieu de s’interroger, dans un premier temps, sur la sexualisation précoce des filles et les impacts sur leur santé physique et mentale et en second lieu, sur l’implication réelle des patients (PVVIH)) pour lutter efficacement contre ce fléau.

Tout est parti d’une révolution sexuelle amorcée dans les années 1960 en Occident et depuis, on assiste à l’émergence d’un phénomène de plus en plus présent : l’érotisation de l’image corporelle des filles. Les jeunes filles mineures (entre 10 à 16 ans) sont devenues la cible du marché de la mode, de la musique, des magazines, etc. qui en font des enfants-femmes sexuées.

La banalisation médiatique de la sexualité, la complaisance des télé-réalités (love story), la mode vestimentaire provocante et hypersexualisée qu’on leur propose, les magazines qui leur sont dédiés et qui exacerbent leur désir de consommation, les vedettes des vidéo-clips auxquelles les filles s’identifient, l’accès facile aux sites pornographiques d’Internet, tout concourt à rendre les filles soucieuses dès le plus jeune âge de leur apparence et de la séduction qu’elles opèrent. L’effet pervers du phénomène, c’est que la sexualité est affichée comme un contre-pouvoir féminin, une sorte de pouvoir que brandissent les jeunes filles.

Le triste constat, c’est qu’avec l’adoption de la culture occidentale, les parents africains vivant en milieu urbain ont peur d’interdire ou de poser des limites. Comme si le moindre interdit risquait de les ramener dans une ère de répression sexuelle qu’on vient à peine de quitter. Et pourtant, c’est de cette manière qu’ils ont été eux-mêmes éduqués. Notre époque se targue d’avoir repoussé tous les tabous, d’avoir évacué toute morale restrictive et d’avoir atteint un degré de liberté jamais atteinte auparavant par l’humanité. Mais à quel prix ?

Nous ne saurions le dire. Toujours est-il que depuis quelques années, les campagnes de prévention contre le VIH-SIDA ont aussi contribué, d’une certaine façon, à donner un message à double contrainte : il s’agissait de promouvoir une description des pratiques sexuelles plus minutieuses, plus précises et plus détaillées qu’aucune société n’avait jamais connu auparavant.

L’ampleur de la menace et l’obligation de résultats interdisaient que l’on s’embarrasse de pudeur, de métaphores délicates ou d’images allusives. Non seulement on se devait d’appeler un chat un chat et une fellation une fellation, mais il fallait également s’affranchir des précautions traditionnelles, liées à l’âge ou à la maturité supposée des intéressés. De la crudité délibérée des campagnes publicitaires aux distributeurs de préservatifs dans les écoles, en passant par les pédagogies médiatiques ou scolaires, la lutte contre le SIDA a engendré, en quelques années, une nouvelle façon d’aborder le sexe de manière omniprésente, obsédante et froide.

Nous ne nions pas que les campagnes de prévention du SIDA s’avéraient urgentes et nécessaires mais on ne peut démentir qu’elles ont entraîné quelques effets pervers. Avec la diffusion d’une parole publique très explicite sur la sexualité. Combien de fois n’a-t-on pas induit des scénarios sexuels auprès des jeunes ? Qu’on ne s’étonne donc pas si certains s’en sont appropriés comme si c’était une obligation. Ainsi, avec du recul, beaucoup d’éducateurs en matière de sexualité, conviennent qu’ils ont poussé les jeunes à s’investir dans un domaine dans lequel ils n’étaient pas du tout préparés. Et c’est là où le bât blesse. Ainsi, sans dramatiser et sans attribuer à ce phénomène la cause de pathologies sévères causées par les IST, on peut tout de même penser que la manière d’aborder la sexualité est un facteur aggravant des troubles actuels rencontrés chez les adolescentes avec tout ce que cela comporte comme conséquence

S’agissant de l’implication des patients pour la sensibilisation du SIDA, beaucoup d’efforts restent à faire. En effet, il a été donné de constater que la lutte contre le VIH/SIDA dans les pays occidentaux montre l’importance de l’implication d’associations de patients qui soient à même de se faire entendre dans les orientations de la politique de lutte. Malheureusement, chez nous, la stigmatisation et les préjugés ont pris le pas sur le reste. Ce qui étouffe toute velléité de constituer des associations de patients importantes. Les associations qui existent sont décevantes parce que dépendantes d’ONG qui les utilisent comme des moyens pour attirer des financements que des bailleurs extérieurs veulent bien leur octroyer. Autrement dit, elles n’existent bien souvent que de nom.

Et les patients pratiquent le nomadisme associatif. En d’autres termes, ils adhèrent à plusieurs associations, en espérant bénéficier de plusieurs aides financières ou alimentaires.

Les ONG qui affichent réellement la volonté de s’impliquer dans la prise en charge psychosociale des patients rencontrent généralement les mêmes problèmes de financement. Les bailleurs internationaux hésitent beaucoup à s’engager dans cette prise en charge qui, contrairement à des actions de sensibilisation, paraît sans fin. Ce domaine pourtant vital de la prise en charge est donc le grand perdant de la répartition des ressources. La tâche incombe alors aux structures de prise en charge, qui ne sont pourtant pas toujours en mesure d’assurer ce suivi correctement. Nous avons, par ailleurs, constaté un « effet de suivisme » incitant les ONG à inscrire le VIH/SIDA au programme de leurs activités dans l’espoir d’attirer des financements, même si leurs activités en ce domaine sont restreintes.

Face à toutes ces dérives, il urge que le CNLS dont le Président de la République a la charge, siffle la fin de la récréation. Il est temps de prendre en compte ces aspects négligés pour venir à bout de la lutte contre le VIH/SIDA.

Julles

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