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La viande surgelée importée, un danger pour la santé publique

Sécurité alimentaire : Vivement les mesures d’anticipation salutaire 

Nous estimons qu’il n’est pas de trop d’appeler les consommateurs à une vigilance accrue à l’approche des fêtes de fin d’année qui sont une aubaine pour les auteurs de produits contrefaits de toutes sortes de déverser en quantité inimaginable sur le marché, le fruit de leur imagination.  Et pour cause, la division contrôle de la concurrence et de la répression des fraudes rattachée au ministère du Commerce promet toujours, des mesures pour venir à bout de la mise sur le marché des produits avariés, surtout en cette période de fête. Malheureusement, force est de reconnaître que ce département ne dispose pas des ressources suffisantes pour venir à bout du problème. La conséquence évidente est que beaucoup de denrées alimentaires passent entre les mailles du filet pour se retrouver dans les assiettes des consommateurs non avertis qui en font les frais au péril de leur vie.

Contrairement à certains pays du continent africain, le Togo ne dispose pas de textes réglementant les activités commerciales de même que la concurrence sur le marché. Du coup, la qualité des produits sur le marché se retrouve au centre des préoccupations des associations de défense des droits des consommateurs qui n’ont pas d’autre alternative que de se contenter d’alerter les populations sur la dangerosité de tel ou tel produit déversé sur le marché.

Depuis 2015, le Ghana a décidé de suspendre l’importation des poulets surgelés en provenance des Etats-Unis d’Amérique suite à un communiqué de la Food and Drug Authority (FDA), l’organisme américain chargé de la régulation et du contrôle alimentaire, ayant annoncé qu’une certaine quantité de poulets en exportation vers des pays de l’Afrique de l’Ouest contient des traces d’arsenic. Au Togo, il n’en est rien jusqu’à présent parce que que selon les études, les doses d’arsenic contenues dans les viandes contaminées sont largement insuffisantes pour causer des dommages à la vie humaine.

C’est le lieu de préciser que l’arsenic est un produit très toxique que l’on retrouve dans les eaux souterraines et les aliments de certains pays comme l’Argentine, le Bangladesh, le Chili, la Chine, les États-Unis d’Amérique, l’Inde et le Mexique. Selon l’OMS, les personnes exposées sur une longue durée (5 ans en moyenne) peuvent souffrir de cancers et des lésions cutanées. Les sources d’exposition sont l’eau de boisson, les cultures irriguées par de l’eau contaminée et les aliments préparés avec ces eaux. Dans l’alimentation, ce produit peut se retrouver dans des poissons, les crustacés, la volaille, les produits laitiers et des céréales. Dans chacun de ces cas, l’exposition est en général plus faible qu’avec les eaux souterraines contaminées.

La toxicité de l’arsenic dans la consommation du poulet américain provient du fait qu’il est directement ajouté à la viande surgelée en raison de ses vertus esthétiques. En effet, l’arsenic donne au poulet son air de bonne santé (rose vif) et dodue.

Cette annonce qui était quasiment passée inaperçu aux yeux de l’opinion publique togolaise, a retenu notre attention d’autant plus qu’elle relance le débat sur la déficience de notre pays en moyens de prévention des aliments dangereux ou douteux pour la santé.

Même si dans le cas d’espèce, les quantités d’arsenic sont largement en deçà des quantités susceptibles d’être nocives pour la santé, il est toujours bon de savoir que la consommation importante de poulets contenant de l’arsenic peut provoquer à terme des dommages à la santé.

Les preuves scientifiques sur la dangerosité de l’arsenic contenu dans le poulet sont bien établies suivant les travaux synthétisés au sein de l’OMS. Il reste que cette décision laisse voir des incohérences dans le processus de décision au niveau ouest africain, notamment sur des questions portant sur la sécurité alimentaire.

Les autorités américaines ont révélé que les poulets surgelés contenant des traces d’arsenic sont commercialisés en Afrique de l’Ouest. Il aurait été souhaitable que la décision à adopter soit prise par les organes communautaires en l’occurrence la CEDEAO.

La CEDEAO, en adoptant, le règlement C/REG.21/11/10 portant harmonisation du cadre structurel et des règles opérationnelles en matière de sécurité sanitaire des végétaux, des animaux et des aliments, a pour objectif, entre autres, « la protection sanitaire des produits alimentaires, y compris les produits issus des biotechnologies modernes » (article 2). Pour ce faire, la structure régionale définit les règles d’harmonisation des politiques et mécanismes de protection sanitaire des produits alimentaires. Elle met en place un comité régional de sécurité sanitaire des végétaux, des animaux et des aliments ayant des représentations au sein de chaque Etat (article 13) et un mécanisme d’expertise et de coopération qui s’appuie sur les réseaux et les observatoires nationaux (article 17).

Cette architecture institutionnelle et normative devait être le cadre des décisions les plus importantes en ce qui concerne la protection sanitaire des produits alimentaires. La cohérence entre le niveau d’information nationale et l’opérationnalité communautaire aurait pu servir de meilleure protection et mettrait à l’abri les Etats membres face à des décisions désavantageuses de certaines organisations ou Etats comme la Chine, l’Inde, l’Europe, les USA ou encore le Brésil.

Mais en attendant que la CEDEAO sorte de sa léthargie, chaque Etat ouest africain doit mettre en place des dispositifs sécuritaires adéquats en ce qui concerne la production, la commercialisation des aliments importés. Le contrôle ne devra pas non plus manquer de rigueur pour les aliments produits sur place. Les procédures et mécanismes de traçabilité des produits doivent être mis à jour.

Le Togo doit impérativement se saisir de ces faits pour opérer une meilleure protection de ses consommateurs face aux produits alimentaires douteux ou de mauvaise qualité. A l’instar de la loi adoptée en juillet 2004 portant interdiction de la commercialisation des croupions de dinde entre autres, le Gouvernement doit prendre des mesures anticipatives pour garantir la sécurité sanitaire des populations qui excellent quotidiennement dans la consommation des produits surgelés. Il est urgent, à partir du scandale des boissons périmées au Burkina Faso et du « poulet à l’arsenic » au Ghana, d’opérationnaliser les mécanismes d’alerte et les mécanismes d’évaluation des risques sanitaires en vue de garantir aux populations le droit à une alimentation saine.

Enfin, il convient d’insister aussi sur la responsabilité de chaque citoyen sur les produits alimentaires que nous choisissons de consommer. La pauvreté ne doit pas être une excuse pour toute sorte de choix préjudiciables à notre santé. A défaut de pouvoir se doter de tous les moyens efficaces pour contrôler tous les produits alimentaires importés d’origine, il appartient aux dirigeants de stimuler la consommation des produits locaux, qui sont plus aisés à contrôler et offrent des gages de développement local.

Julles

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