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Les leaders politiques face à leur démission

A la croisée des chemins : Vers la banalisation des marches de protestation

Il nous a été donné, maintes fois, de déplorer, dans nos précédentes parutions, la politisation à outrance des associations de défense des droits de l’homme au Togo. Dans un pays aussi politiquement marqué que le nôtre, cette situation est de nature à discréditer ces associations qui devraient jouer, dans une neutralité politique absolue, aux sentinelles ou aux gardiens du temple en matière de défense des droits humains.

Comme pour nous donner raison, le samedi 3 novembre courant, la présence des forces de l’opposition notamment ceux de la coalition de l’opposition aux côtés des organisations de défense des droits de l’homme au cours de la marche pacifique de protestation organisée par le Front citoyen Togo Debout, a été, on ne peut plus, agissante.

Ce n’est pas le fait que, sur le lieu de chute de la marche, les organisateurs s’étaient diplomatiquement abstenus de donner la parole aux responsables des partis politiques présents pour lire des motions ou faire de brèves interventions, qui ferait penser le contraire.

Déjà, à la veille de la manifestation, des partis politiques ont publié, par divers canaux, des communiqués appelant leurs militants et la population à participer massivement à la marche pacifique de protestation du Front Citoyen Togo Debout.

Sur cette lancée, il n’y a pas de doute que lors d’une prochaine manifestation des partis politiques de plus en plus probable, on notera la participation massive des responsables et militants de ces associations.

Si les partis politiques en viennent aujourd’hui à prendre part publiquement, à une marche de protestation organisée par des associations de défense des droits de l’homme, c’est parce qu’ils ont démissionné de leur mission ou de leurs responsabilités en laissant des espaces libres que viennent occuper ces associations d’une part et de l’autre, la lassitude qui a gagné leurs militants du fait de l’organisation des marches hebdomadaires de protestation sur des thèmes sans intérêt.

En effet, depuis les évènements du 19 Août 2017, un regroupement de 14 partis politiques sous la houlette des trois mousquetaires, Jean-Pierre Fabre, Tikpi Atchadam et Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson qui se sont proclamés libérateurs du Togo, organisent chaque semaine, des marches de protestations.

Au début, l’objectif poursuivi était de revendiquer, à travers ces marches, une prétendue alternance politique en chassant Faure GNASSINGBE, pourtant régulièrement élu, du pouvoir. Jean-Pierre Fabre qui entendait ainsi arracher par la rue, le pouvoir obtenu par les urnes est devenu un objet de curiosité politique aux yeux des observateurs. Ceux-ci éprouvent des difficultés énormes à comprendre que dans un Etat de droit, on puisse chercher à prendre le pouvoir par la rue sans faire la révolution.

Or, Jean-Pierre Fabre se proclame partout démocrate et non révolutionnaire. La révolution, on le sait, se fait par des révolutionnaires et non par des démocrates.

Depuis le début des discussions enclenchées le 19 février 2018 sous la facilitation de la CEDEAO, force est de reconnaitre que le pouvoir a repris son avantage sur la situation précaire qui prévalait entretemps. Aujourd’hui, les militants de l’opposition que Jean-Pierre Fabre mobilisait aux premières heures de son initiative, sont atteints de lassitude : les marches hebdomadaires ont perdu de leur quintessence et n’attirent plus grande foule. Ainsi, par la faute de Jean-Pierre Fabre et ses amis de la C14 qui en ont abondamment usé et abusé, les marches de protestation sont en passe d’être banalisées au Togo si ce n’est déjà fait. Le recours à la marche qui demeure l’ultime étape de revendications ou de protestations est ainsi galvaudé par des assoiffés de pouvoir décidés à imposer leur vision et leur loi aux sept millions et plus de Togolais que nous sommes.

L’affluence qu’a connue la marche pacifique de protestation qui s’est déroulée sous l’égide des Organisations de Défense des Droits de l’Homme, samedi dernier, peut s’expliquer par la pertinence des thèmes qui répondent aux préoccupations de leurs militants. Nul doute que dès que les ODDH, à l’instar des acteurs politiques de l’opposition, s’emploieront à en abuser, l’inquiétude est grande qu’on parvienne aux mêmes résultats, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cette inquiétude est d’autant plus légitime que, de nos jours la création d’association de défense de droits de l’homme devient une affaire des rescapés et des recalés politiques qui en font un fonds de commerce où carrément un terrain de prédilection pour mener des activités politiques plus ou moins subversives afin d’atteindre leurs objectifs machiavéliques inavoués.

Nous n’en voulons pour preuve que cet extrait de la déclaration liminaire lue à la fin de la marche du Front Citoyen Togo Debout le 3 novembre 2018 : « …1- Au Chef de l’Etat,

Vous êtes venu au pouvoir en 2005 de façon illégitime avec un habillage juridique contestable mais pour avoir la paix, le peuple a accepté l’accord de 2006, l’APG. Mais force est de constater que cet accord n’a pas été respecté et tous les accords non plus. Les astuces juridiques, le dilatoire habituel ne marcheront plus. Vous avez l’obligation, si vous aimez ce peuple, de faire cesser les massacres et intimidations dans toutes les localités pour écouter le peuple qui seul est souverain. Inspirez-vous de la sagesse africaine selon laquelle « c’est ensemble et avec les autres que l’on met la pirogue sur un lac » et le peuple vous sera reconnaissant.

– Aux autres membres de l’exécutif, du législatif et du judiciaire,

Vous ne pouvez plus demeurer dans la posture de ceux qui se disent de simples exécutants, car si vous avez la raison et une conscience, vous devez chercher le bien de ce peuple meurtri et humilié. L’argument qui consiste à dire que : « nous ne faisons qu’un travail technique » ne marchera plus. Il est temps d’opter sérieusement pour l’alternance politique dans notre pays.

2- A LA CEDEAO

  • Le 23 septembre 2018, le Comité de suivi a demandé la recomposition de la CENI. Sans que cette recomposition paritaire ait été faite (suite au blocage du Gouvernement et de son allié l’UFC), le Gouvernement togolais a lancé de manière unilatérale le recensement et soutient que cette activité est suivie et accompagnée par la CEDEAO, sans aucun mot de votre part. Malgré les innombrables irrégularités ayant émaillé le processus de recensement entrepris sur fond d’intimidations, de menaces, de violences et d’enrôlement de mineurs, par une CENI légalement inexistante, vous avez procédé au recrutement d’Experts pour auditer le fichier électoral. Cette attitude de la part de la CEDEAO nous parait relever d’une incohérence et d’une inconséquence, voire du mépris et de la violation de votre propre feuille de route. Nous espérons vivement les conclusions de l’audit. »

Que dire sinon qu’il n’est pas du ressort des associations de défense des droits de l’homme de prendre parti dans le but inavoué de faire aboutir la lutte engagée par quelques acteurs de l’opposition en mal de sensation forte.  En l’espèce, on est fondé de dire que le Front Citoyen Togo Debout a flagramment outrepassé les règles d’une association de défense de droits de l’homme. Il s’agit donc d’un abus de position.

Pour notre part, de tels propos venant de responsables d’associations de défense des droits de l’homme frisent le militantisme et l’activisme politique d’autant plus qu’à aucun moment, personne parmi eux n’a été en mesure d’interpeller la coalition des 14 dans ses errements.

En tout état de cause, si les acteurs politiques n’avaient pas démissionné de leurs missions, les associations de défense des droits de l’homme n’investiraient pas aujourd’hui si facilement le terrain politique. La politique doit donc être repensée autrement au Togo pour sortir le débat politique de l’enlisement que nous connaissons aujourd’hui.

Julles

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