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L’Enseignement togolais entre laxisme et dépravation

Education : Plain-pied dans les examens officiels de fin d’année

Lentement mais sûrement, l’année académique 2017-2018 qui aura été marquée par des situations très éprouvantes aussi bien pour les élèves que les enseignants, tire à sa fin.

Cette année, contrairement à ce qui se fait habituellement, c’est le Brevet d’Etudes du Premier Cycle ( BEPC) qui a ouvert le bal des examens scolaires officiels de fin d’année le 3 juillet dernier. Selon le communiqué en date du 24 avril 2018 émanant du ministère des Enseignements Primaire, Secondaire et de la Formation professionnelle, le calendrier des activités pédagogiques et scolaires est réaménagé dans tous les établissements publics et privés du pays.

La fin de l’année scolaire initialement prévue pour le 6 juillet 2018, est reportée au vendredi 24 août 2018 au soir et la rentrée scolaire 2018-2019 est fixée au lundi 15 octobre 2018 suite à la signature du protocole d’accord relatif au secteur de l’éducation nationale entre le gouvernement et les syndicats de l’enseignement” informe le communiqué signé par le Ministre Komi Paalamwé TCHAKPELE.

Les dates des examens et concours de l’année scolaire 2017-2018 au Togo ont été programmées comme suit :

Enseignement général

BAC1 : Matières principales du 31 juillet 03 août 2018,

BAC1 (remplacement) 11, 12, et 13 septembre 2018,

BEPC : matières principales 03, 04, 05 et 06 juillet 2018,

BEPC (remplacement) : 11, 12, et 13 septembre 2018,

CEPD : 17, 18, 19 juillet 2018,

BAC2 : Épreuves pratiques du 03 au 13 juillet 2018,

BAC2 : Ecrit (enseignement général et technique) du 06 au 11 août 2018,

Enseignement Technique et Formation professionnelle

BAC1 : Épreuves techniques et pratiques : du 16 au 27 juillet 2018,

BAC1 : Épreuves écrites du 30 juillet au 03 août 2018,

BAC1 (remplacement) : du 11 au 14 septembre 2018,

CAP Artistique artisanal, Industriels et Agro-pastoral et art ménager : Du 13 août au 24 août 2018,

CQP (Certification de qualification professionnelle) : du 11 au 14 septembre 2018,

BT Industriels et Commerciaux : du 21 août au 08 septembre 2018.

En ce qui concerne le Brevet d’Etudes du Premier Cycle qui s’est déroulé du 3 au 6 juillet 2018, ils sont au total 118.107 candidats dont 52.747 filles soit 44,66 % de l’effectif total, à composer dans les 303 centres d’écrit dont celui d’Accra au Ghana. En termes d’effectif, on observe cette année, une augmentation globale de 1361 candidats inscrits à cet examen par rapport à l’année 2016-2017, soit un taux de 1,2 % avec un accroissement de l’effectif des filles de 1998 (1,7 %) contre une régression de celui des garçons de -637, soit 0,5 % de régression.

Dans tous les cas, même s’il a accusé un retard, le démarrage des examens est perçu comme un soulagement pour les parents et élèves, compte tenu des nombreux remous qu’a connu l’année scolaire suite aux mouvements de grève des enseignants.

Après les épreuves écrites, suivront les phases de la correction et de la proclamation des résultats. Dans notre pays, pendant longtemps, les phases de correction ont également été marquées par des mouvements d’humeur des correcteurs qui revendiquent des primes conséquentes de correction ou leur payement. Une situation qui ne manque pas d’incidences sur la suite des opérations. Mais depuis quelques années, les autorités compétentes déploient des efforts pour prévenir ces genres de situations. Cependant, ces efforts ne sont pas de nature à combler les attentes énormes des correcteurs qui exigent davantage du Gouvernement.

Il y a quelques années de cela, des mesures ont été prises en Conseil des ministres justement en prévision de la période des examens pour colmater les brèches. Sur ce point précis, dirons que le Gouvernement doit constamment veiller au respect des mesures qu’il s’est fixé pour éviter les remous inutiles auxquels nous avons assisté les années antérieures.

Parler des examens scolaires officiels de fin d’année, c’est également jeter un regard rétrospectif sur ce qui a été le parcours de nos jeunes frères et sœurs écoliers, collégiens et lycéens au cours de l’année académique qui s’achève.

Sur ce chapitre, le constat est amer. La plupart des collégiens et lycéens n’ont pas mené une vie d’apprenant. Fréquemment, on les rencontre pendant des heures de cours dans des cybercafés en train de surfer ou de visionner des films dont nous taisons le nom des séries par décence.

Au niveau de l’habillement, les collégiennes et les lycéennes sombrent dans une extravagance qui remet en cause l’autorité de leur chef d’établissement. Les jupes au demeurant « sexy », sont coupés très courts au-dessus des genoux, et moulent à merveille les hanches et les coussins, fessiers graisseux. Idem pour les corsages blancs qui mettent en valeur avec une perfection scientifique, les poitrines gracieuses bardées d’une paire d’arguments sérieux, dressés tels des obus sur une rampe de lancement.

Au niveau coiffure, c’est une autre paire de manches. A chaque tête, une coiffure de classe exceptionnelle qui ne fait aucun mystère sur la fortune déboursée pour la confection.

La combinaison de tous ces facteurs, c’est-à-dire des tenues « sexy », des coiffures attrayantes et des maquillages osés, font des collégiennes qui défilent sous le regard débonnaire des responsables d’établissement et des enseignants, non seulement des mannequins mais aussi des « allumeuses » qui ne laissent aucun mâle indifférent sur leur passage. Cet état de chose a connu son paroxysme et dépassé les limites du tolérable au cours de la semaine culturelle de cette année où l’extravagance des élèves étalée dans toutes ses dimensions dans la consommation d’alcool, le tabac, les tenues, le sexe etc. a copieusement défrayé la chronique.

La chose pouvait être acceptable si elle se limitait aux instituts privés où les parents d’élèves assez fortunés payent cher pour qu’on éduque leurs enfants dans la complaisance. Mais elle a malheureusement gagné également le public où la rigueur devrait être de règle.

A Lomé où le phénomène crève l’œil, il n’y a que de rares écoles publiques de la place dont nous nous abstiendrons de citer le nom, où les Chefs d’établissement ont eu à prendre des mesures énergiques pour arrêter la dépravation. Ce qui, malheureusement, n’a pas fait tâche d’huile. C’est dire que le phénomène va toujours grandissant pour le grand malheur de notre pays qui connaitra bientôt une génération d’hommes et de femmes hybrides aussi bien dans le comportement que dans l’habillement, et complètement déconnecté des vertus cardinales qui intègrent la personnalité d’un homme responsable.  La faute sera imputée aux parents et aux enseignants qui n’auraient rien fait ou n’auraient pas fait assez pour tuer le fléau à la base.

Sur le plan des études, c’est la catastrophe. Nous en voulons pour preuves, les chefs d’œuvre déroutants que produisent la plupart de ces élèves au cours des devoirs de classe et des interrogations. En français, les constructions de phrases bizarres le disputent avec les fautes d’orthographe inadmissibles et autres manquements d’ordre lexical, rhétorique et sémantique.

Les formules mathématiques, physiques et chimiques que ces enfants pondent sur leurs copies sont tout simplement effroyables et font crier d’horreur les professeurs.

Malgré toutes ces tares qu’ils présentent dans leur travail, ces élèves ne déméritent pas quand il s’agit de trouver des stratégies pour tricher pendant les contrôles de classe et examens. Chaque année apporte son lot d’inventions en matière de tricherie et les surveillants n’y voient que du feu.

En effet, les techniques de tricheries sont devenues si sophistiquées que les enseignants ne se retrouvent souvent que devant le fait accompli. Il n’y a pas longtemps, lors de deux années scolaires consécutives précédentes, des épreuves ont été annulés dans certains centres d’examen pour raison de fuite.

Si aujourd’hui, on en est arrivé là, c’est tout simplement parce qu’un laxisme indescriptible s’est emparé du personnel enseignant. Des chefs d’établissement aux surveillants en passant par les professeurs, chacun fait preuve d’une légèreté et d’une complaisance outrageante. Les retardataires et les absentéistes ne sont plus sanctionnés comme il se doit. Les professeurs, avant de dispenser les cours, n’interrogent presque plus sur les cours précédents, les copies ne sont plus objectivement corrigées. Rien n’est mis en œuvre pour obliger les enfants à faire ce pour lequel ils sont envoyés à l’école. Conséquence : tous, écoliers, collégiens lycéens sont prompts à raconter dans leurs moindres détails les feuilletons des séries dont les chaines de télévision de la place bombardent les téléspectateurs. Dans le même temps, ils se révèlent incapables de restituer les grandes lignes des leçons ou autres cours dispensés par les enseignants.

Sans toutefois avoir la prétention de faire le procès de l’enseignement, ce qui est d’ailleurs réservé à des voix beaucoup plus autorisées, nous trouvons qu’au Togo, la machine de l’enseignement est grippée et si rien n’est entrepris pour remédier à la situation alors qu’il en est encore temps, le naufrage sera inévitable. Si, au niveau de notre pays, il n’y a pas de compétences susceptibles de remettre la pendule à l’heure, rien, à notre avis, n’empêche les autorités compétentes de demander l’assistance des pays frères où les choses évoluent normalement.

Au Ghana par exemple, les élèves du public sont distingués par leurs tenues, taillées de la même façon, leurs chaussures qui sont du même modèle, ainsi que leur coiffure. La contribution de ces pays frères permettra à nos autorités compétentes de penser autrement l’enseignement au Togo qui perd ses lettres de noblesse en se fourvoyant entre laxisme et dépravation.

Julles

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