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Le Ministre de l’Environnement interpellé sur les déchets de boue déversés dans l’océan

Environnement : La pollution marine ou le revers de l’exploitation des phosphates

Il nous a été donné de constater que l’usine de traitement de phosphates de Kpémé située à une quarantaine de kilomètres de Lomé, pollue la mer. Les effets se font ressentir le long du littoral togolais et béninois, depuis plusieurs années, sous l’œil impuissant des populations.

L’on se rappelle que lors du sommet sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en 2016, le thème sur l’économie bleue a été abordé par les experts qui ont discuté des politiques de protection de l’environnement marin. Interpellées sur la question de la pollution océanique due aux déchets de phosphates exploités sur les côtes togolaises et déversés dans la mer, les autorités en la matière notamment le ministre de l’Environnement et des Ressources forestières, André JONHSON, a vaguement exposé les efforts entrepris par le Togo pour endiguer le phénomène : « S’agissant des boues de phosphates qui sont déversées dans l’océan, ça a fait l’objet d’une grande préoccupation du gouvernement togolais et nous avons fait des recommandations au ministère des Mines ». Il avait également soutenu que le Gouvernement a pris contact avec une société qui s’occupe des zones humides et qui a promis d’aider le Togo en matière de renforcement des capacités pour essayer d’endiguer ce problème. Et depuis, plus rien.

Au regard de ce qui précède et puisqu’il s’agit d’un problème vieux de plusieurs décennies, il est clair que les explications du ministre en charge de l’environnement laissent percevoir que les efforts entrepris ne sont pas à la hauteur du danger. En effet, les phosphates sont une des ressources et non des moindres pour l’économie togolaise. Son extraction est d’une grande importance pour le pays, ce qui lui a d’ailleurs valu le nom de « géant de l’économie nationale ». Cette importance du secteur a été plus notoire dans les années 1970-80 où la plupart des investissements en infrastructures surtout étaient réalisés sur ressources propres dont la majorité provenait des recettes du secteur phosphatier. Durant cette période, ce secteur contribuait au produit intérieur brut (PIB) à hauteur de 40-45% et la société des phosphates était la première de toutes les entreprises publiques et parapubliques. Au-delà de cet aspect, il a été prouvé que la production des phosphates domine non seulement le secteur minier mais également les principales productions d’exportation à hauteur de 23% et participe pour environ 40% aux recettes d’exportation du pays. En outre, cette industrie a longtemps contribué à la croissance économique du pays par la création des emplois et par son apport au budget de l’État à hauteur de 35% même si aujourd’hui, ce secteur est très fragilisé par une crise due à la mauvaise gestion et l’incurie des responsables de la Société Nouvelle des Phosphates Togolais.

Cependant, les contributions de ce secteur à l’économie nationale ne suffisent pas pour passer sous silence les incidences fâcheuses sur les populations riveraines elles-mêmes, leurs activités socio-économiques d’une part et sur l’environnement direct et indirect d’autre part. L’exploitation des phosphates telle qu’elle se déroule aujourd’hui, provoque de sérieuses dégradations de l’environnement. Beaucoup d’enquêtes dans les milieux où le traitement de ce minerai a cours ont montré que les dommages causés par la société des phosphates rendent de plus en plus difficiles les conditions de vie des populations riveraines. L’exploitation se faisant à ciel ouvert, elle entraîne la dégradation de milliers d’hectares de terre qui, après exploitation, ne font l’objet d’aucun réaménagement. C’est ainsi que la zone d’exploitation qui jadis était une plaine est devenue une zone accidentée, souvent difficile d’accès, marquée par des collines, des plateaux et des vallées artificielles.

Cette nouvelle morphologie des terres, les rend inadaptés à l’agriculture, principale activité des populations riveraines. Ainsi, les rendements de maïs et de manioc, cultures principales de la zone sont affectées à 52% par les poussières créant ainsi un déficit alimentaire dans le milieu. Pour combler ce déficit, les populations doivent importer les cultures vivrières d’autres régions du pays. De ce fait, l’autosuffisance alimentaire de la région est mise à mal. En plus de l’occupation des terres cultivables, l’exploitation du minerai pollue l’environnement et affecte sérieusement la santé des populations. Ainsi, les populations sont victimes de maladies respiratoires et de troubles de la vision causées par les nuages de poussières, tant au niveau de l’usine de lavage du phosphate brut qu’au niveau des sites d’extraction. L’usine de Kpémé menace l’environnement par le rejet dans la mer des déchets phosphatés. Il s’en suit une pollution du milieu marin qui s’étend au-delà des côtes togolaises. Cette pollution n’est pas sans conséquences sur les activités des populations locales dont une majeure partie vit essentiellement de la pêche. La production halieutique a nettement baissé dans ces milieux et on note la disparition de certaines espèces de poissons. Ceci entraîne une dégradation de la biodiversité marine.

Du côté de la frontière béninoise, c’est à Grand-Popo que l’impact de la pollution est beaucoup plus important.  Le Centre de Recherche Halieutiques et Océanologiques du Bénin (CRHOB) a procédé, il y a quelques années, au prélèvement des échantillons d’eau de mer à ce niveau du littoral. Il en ressort qu’au niveau de Grand-Popo, les résultats des analyses ont révélé une présence de phosphate à un taux de 2, 28 mg/l. Un taux très au-dessus de la norme exigée qui est de 0,03 mg/l. Cela explique d’ailleurs l’absence et l’éloignement des espèces halieutiques. Mais aucune étude n’a encore été menée pour évaluer réellement l’impact environnemental. La partie togolaise a été amenée à faire le constat… Sans suite.

En 2001, une rencontre avait réuni les autorités politiques chargées des questions environnementales du Bénin et du Togo. De cette rencontre, sont sorties plusieurs recommandations dont la création de bassins de décantation pour le traitement des eaux usées avant le rejet dans la mer. Une solution qui, si elle venait à être traduite dans les faits, réduirait considérablement le taux de pollution selon les experts en matière de protection de littoral. Mieux, un comité mixte de suivi de la mise en œuvre des recommandations a été créé. Mais depuis ce temps, la situation n’a jamais évolué. Visiblement, tout porte à croire que le problème de la pollution marine sous l’effet du phosphate est très compliqué à résoudre. Mais en réalité, il n’en rien.  Il faut une volonté politique au niveau des dirigeants. Il ne sert à rien au président Faure GNASSIGBE d’aller ratifier des accords portant sur la protection de l’environnement notamment le COP 21, s’il n’est pas à même de se saisir de cette pollution qui date de plusieurs dizaines d’années.

Les gesticulations du Ministre André Johnson qui avait tenté, tant bien que mal, de renvoyer la balle à son collègue des Mines lors du sommet de Lomé montrent à suffisance combien de fois ce problème est traité avec légèreté. Il est temps que le problème de la pollution marine due à l’exploitation des phosphates soit pris à bras le corps pour le plus grand bien de l’environnement et des populations affectées.

Julles

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