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Pour sortir la musique togolaise du creux de la vague

Culture : De la nécessité d’une politique de promotion culturelle

Au Togo, contrairement à des pays africains comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Congo, entre autres, la musique ne nourrit pas son homme.

En dehors de la création du Bureau Togolais des Droits d’Auteurs qui verse périodiquement aux artistes des montants dérisoires à titre droits d’auteur, et d’un ministère des loisirs qui n’a de cesse de se chercher en se fourvoyant constamment en laïus face aux problèmes réels, le gouvernement togolais ne s’implique pas comme il se doit dans la promotion de l’Art en général et de la musique en particulier. Cependant ce ne sont pas les ressources qui manquent. On parle, depuis quelques temps, d’un fonds d’aide à la culture géré par le Gouvernement mais un flou total entoure la gestion et le partage de cette manne.

Dans les années 70, la Radio Lomé et la TVT naissante avaient dans la mesure de leurs possibilités fait la promotion des artistes togolais à travers des éditions du festival inter circonscription de la chanson dénommé : « INTER CIR ». Ces festivals qui permettaient à Radio Lomé et la TVT de disposer d’une discographie locale pour meubler leur programme, aidaient également les artistes en herbe à se faire découvrir du grand public et s’imposer par la suite dans le domaine du showbiz togolais qui à l’époque se trouvait à l’état embryonnaire. Parallèlement, d’autres festivals étaient organisés à l’intention des artistes de la chanson confirmées.

Combien de mélomanes togolais n’ont pas aujourd’hui, la nostalgie de ces années lumière de la musique togolaise au cours desquelles des artistes pétris de talent avec le soutien des ensembles musicaux non moins talentueux dont regorgeait la capitale togolaise, rivalisaient de créativités pour combler les attentes d’un public togolais très pointilleux et très friand de la bonne musique.

Aujourd’hui, Radio Lomé et la TVT ont au moins dix fois plus de moyens qu’elles en avaient dans les années 70, mais c’est à se demander si, une fois, l’idée de rééditer cet exploit d’il y a 48 ans vient à l’esprit des responsables de ces médias nationaux qui disposent aujourd’hui immensément de la matière à mettre sous la dent.

Si on ne peut pas jeter la pierre à ces médias pour avoir démissionné dans le domaine de la promotion de la musique togolaise, on est en droit de s’insurger contre le peu d’intérêt porté à la chose par le gouvernement.

En effet, en 57 ans et plus d’indépendance, le gouvernement n’a jamais cru devoir doter la jeunesse d’une Ecole Artistique, du genre Ecole des Beaux Arts. Et pourtant, ce ne sont pas les compétences nationales qui manquaient dans ce pays en termes d’enseignants et d’encadreurs. Plus grave, le Dessin et la Musique sont retirés des programmes scolaires dans l’Enseignement public. Cela veut dire que nos collégiens et lycéens d’aujourd’hui ne savent rien de l’éclairage caravagesque, de la perspective, de la dictée musicale, du déchiffrage et de l’histoire de la musique pour ne citer que ceux là.

Conséquence : la plupart des jeunes togolais qui se jettent dans la carrière musicale de nos jours, le font en toute ignorance des notions élémentaires telles que le solfège, la mesure, la rime et la prose. Ce qui fait que la qualité de la plupart des œuvres des artistes togolais, laisse à désirer. Ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter les services d’un bon parolier et d’un excellent arrangeur sont condamnés à la médiocrité, parce que boudés par les rares producteurs qui, de temps à autre viennent prendre le pouls de la musique togolaise.

Lorsque le gouvernement ne fait rien ou pas assez pour la promotion de la musique il est tout simplement inutile de lui demander de lutter contre la piraterie. La capitale togolaise est devenue une plaque tournante de la piraterie où opèrent, en toute quiétude, les prédateurs et autres fossoyeurs de la musique. Partout, des cassettes, des DVD dupliqués etc. qui sont livrés à un prix plancher se vendent comme des petits pains, alors que les originaux qui coûtent deux ou trois fois plus chers sont frappés de mévente.

Les artistes togolais sont laissés à leur triste sort. Rien n’est initié au niveau du gouvernement en vue de les aider à vivre de leurs œuvres et de leur art. Au Togo, la seule manifestation culturelle qui suscite l’intérêt du gouvernement demeure le concours Miss Togo qui participe à la dépravation des mœurs en ceci qu’il tente d’imposer aux Togolais des femmes longiformes et filiformes comme modèle. Vivement une politique de promotion de la musique pour sortir la chanson et l’artiste de la chanson togolaise du creux de la vague.

C.P.

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