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Une certaine presse dans ses basses besognes

Les bourdes de la C14 : Les manifestations de rue en passe de se banaliser

L’actualité qui a défrayé la chronique dans la semaine du 10 au 14 décembre courant et qui continue par faire couler de l’encre et susciter des débats, est incontestablement la manifestation ratée de la coalition de l’opposition (C14) du 6 au 18 décembre 2018. Prévue sous forme de marche et de caravane de sensibilisation et de mobilisation des populations contre les élections législatives du 20 décembre 2018, cette manifestation de la C14 n’a pas reçu l’assentiment du Gouvernement. Et pour cause, le Gouvernement n’a pas voulu prendre le risque de voir ces manifestations dégénérer en affrontement en cas de télescopage avec les cortèges des participants à la campagne électorale, « le risque que vos caravanes et cortèges se heurtent à ceux des partis engagés dans la campagne électorale demeure fort probable. Ce qui conduirait à un risque très élevé de troubles grave à l’ordre public » indique le communiqué N°0520/MATDCL/CAB en date 05 décembre 2018 émanant du Ministère de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales.

Non contents de cette réponse a priori sensée, les responsables de la C14 ont tenu, vaille que vaille, à organiser leur caravane dans les rues de Lomé le 06 décembre 2018 en prétextant démagogiquement que « un simple communiqué d’un Ministre n’avait pas d’incidence sur leur droit constitutionnel de manifester. Au moment même où le regroupement de partis qu’elle dirige a opté pour le boycott des élections du 20 décembre, on a entendu Mme Brigitte ADJAMAGBO-JOHNSON, coordinatrice de la coalition, ânonner des absurdités sans pareil pour justifier leur entêtement à défier le parti au pouvoir « Le ministre n’a pas à interdire nos manifestations. Le Code électoral nous autorise, en tant que partis politiques légalement constitués, à faire campagne. Nous nous en tenons à ce que nous avons prévu ».    Ainsi, dès le premier jour annoncée pour le démarrage de leur contre-campagne, malgré le déploiement des forces de sécurité dans les rues pour les dissuader, les militants de la coalition ont entrepris leur caravane qui a vite fait de se transformer en un fiasco total puisque les forces de sécurité y ont mis terme.

Le même scénario de répression s’est poursuivi pendant les jours qui ont suivi dans quelques quartiers de Lomé et de ses environs et dans certaines villes du pays. Le pic a été enregistré le samedi 8 décembre avec 2 morts, de source officielle, dans les rangs des manifestants, des dizaines de blessés et des arrestations.

Un aspect qui a retenu notre attention au cours de ces manifestations interdites de la coalition est le rôle de relais qu’ont joué certains médias privés nationaux et internationaux au cœur de la manifestation. Au niveau des médias privés togolais, l’on peut dire, en somme, que la presse privée n’a pas été fameuse dans son travail. En d’autres termes, elle a fait un travail parcellaire et le terme n’est pas fort. L’on a assisté à des dérapages de toutes sortes surtout sur la presse en ligne et sur certaines radios privées où l’on s’en est ouvertement pris au Chef d’État-Major en visite d’inspection sur le terrain.

Nous ne voulons pas seulement parler du traitement tendancieux et parcellaire de l’information au cours des éditions du journal parlé mais aussi des émissions débats, interactives et autres radiodiffusées. A cet effet, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) et l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) à qui le phénomène n’a pas échappé ont rendu public des communiqués pour rappeler à l’ordre les médias qui se sont livrés à ces genres de dérive. (Voir en encadré le communiqué de la HAAC et de l’OTM)

1°) S’agissant des émissions débats, les animateurs n’ont fait appel qu’à des invités qui se sont contentés de faire l’apologie de la manifestation et de ses fondements. Qu’ils soient de simples observateurs ou des leaders d’associations, les termes dont on nous a rebattu les oreilles ont été « ras-le-bol du peuple, protestation générale, perpétuation des vieilles pratiques, révolution, répression barbare etc. ». Nulle part sur ces médias, on n’a entendu et on n’a laissé le temps aux autorités ou à leurs représentants de réagir pour donner leur point de vue par rapport au déroulement des événements. Dans ce genre de circonstances, il est plutôt préférable de parler de monologue au lieu de débat. Étant donné que le débat, dans son essence, suppose un échange contradictoire et une confrontation d’idées, il est alors inconcevable que des journalistes dignes de ce nom puissent se contenter d’inviter des acteurs impliqués et des organisateurs qui ne tiennent que des propos haineux et véhéments à l’endroit de leurs adversaires politiques. Pourquoi ne pas déplacer le studio et la salle de rédaction sur le lieu de manifestations, pendant qu’on y est ? Cette façon de faire témoigne d’un manque de sérieux et du parti pris des hommes de média, dans l’exercice de la noble profession qu’est le journalisme. En tout état de cause, il est vrai que les journalistes sont aussi des citoyens comme les autres mais, ils doivent avoir à l’esprit que leur cause doit être voué à la vérité et à l’équilibre d’information plutôt qu’à la vision d’un groupuscule d’hommes et de femmes qui prétendent parler au nom du peuple.

2°) S’agissant des émissions interactives où l’on reçoit à tout-va des auditeurs qui lancent des invectives et déversent leur bile sur les chaînes privées, le piège est grand à l’instar des informations publiées sur internet. Ceci, pour la simple raison que les propos des intervenants dans les émissions interactives frisent parfois l’ignominie et sont invérifiables.

Nous n’en voulons pour preuve que l’appel d’un auditeur au cours de l’une de ces émissions sur une radio de la place, le lundi 10 décembre courant. Selon cet auditeur, au regard de la tournure qu’a prise la manifestation, le Togo risque de devenir bientôt un nouveau foyer de tension en Afrique occidentale si rien n’était fait par la communauté sous régionale voire internationale pour parer au pire. Pour un autre auditeur, le Président Faure doit prendre la mesure de la résistance des Togolais face à l’organisation unilatérale des élections législatives pour tirer, dans la sérénité, les conséquences qui s’imposent. C’est-à-dire, stopper le processus hic et nunc. Comme si c’était le Président qui avait fixé la date du 20 décembre.  Comment peut-on exagérer les faits jusqu’à ce point ? Le même jour, vers 13 h, un autre auditeur téléphonait à la rédaction d’une autre radio pour signaler la dégradation de la situation à Kpalimé, où les manifestations de rue seraient devenues incontrôlables. Et ensuite, ce fut le silence. La rédaction de cette radio n’a plus abordé la suite de cette information. Ne serait-ce que pour la confirmer ou l’infirmer. Les exemples de ces genres d’escapades sont légions mais ce qu’il faut retenir, c’est que la façon galvaudée dont certains médias privés surtout la presse en ligne qui balance à la va vite les images choquantes à l’instar des réseaux sociaux, ont eu à traiter l’information. En effet, nous n’avons pas la prétention de donner des leçons à qui que ce soit, mais il est permis de constater que cette façon de procéder par des adeptes du sensationnalisme et de l’alarmisme est loin de d’épouser la déontologie. Tout se passe comme si les journalistes sont des activistes politiques.

En tout état de cause, en temps de trouble (sociopolitique), le journaliste devrait être vigilant et garder à l’esprit le rôle qui lui sied au lieu de verser dans les élucubrations et servir de relais aux propos ignares des incultes. C’est le moins qu’il puisse faire. Autrement, c’est notre profession qui est en péril.

Julles

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