Médias

Les utilisateurs du numérique appelés à faire preuve de responsabilité et d’humanité

Le revers du progrès : De l’utilité des réseaux sociaux et des abus qui nuisent

La culture togolaise est en deuil depuis le 23 juillet 2017 suite à un accident de circulation qui a emporté des artistes humoristes dont les talentueux Foly Foli Koffi alias Folo et Sodji Agbasco. Ces derniers revenaient de Kara où ils ont participé à une soirée de rire et de l’humour dans le cadre des festivités des luttes traditionnelles Evala quand leur véhicule a fini sa course sous un camion titan.

Selon les informations, les conditions climatiques défavorables dues à une grande pluie et une mauvaise visibilité de la route sont à l’origine de ce drame qui a emporté cinq humoristes et une jeune femme à l’entrée de Tchaloudè vers Blitta (250 Km au Nord de Lomé). Même si en l’espèce, on a aussi déploré l’excès de vitesse.

Au moment où le monde de la culture en général et les familles éplorées en particulier pleuraient ces jeunes talents montants partis trop tôt, à quoi avons-nous assisté ?

Nous avons, à l’instar d’autres Togolais, été quelque peu choqués par l’utilisation anarchique faite des images du drame dans les journaux et sur les réseaux sociaux.  Cette propagande sans retenue a d’ailleurs suscité une polémique pendant les jours qui ont suivi l’accident tragique des humoristes au point où l’Observatoire Togolais des Médias (OTM) a dû publier un communiqué pour appeler les uns et les autres à plus de responsabilité. En vain. L’Observatoire déplore la publication d’images « choquantes » et « insoutenables » par les journaux et sur les réseaux sociaux et appelle la presse et le monde du numérique à plus de responsabilité. « Dans ce contexte de vive douleur, l’OTM appelle les professionnels des médias à la retenue et à l’esprit de responsabilité pour que l’image et la mémoire des défunts soient préservées et respectées. Aussi, l’OTM demande-t-il que les télévisions, les journaux et la presse en ligne s’exonèrent de publier et de diffuser les clichés des morts ». Ce communiqué du Tribunal des pairs qui vient à point nommé, met en évidence un fait qui a pris racine depuis quelque temps dans les mœurs des utilisateurs des réseaux sociaux. D’où la question de savoir s’il est bienséant de publier des images des victimes dans la presse ou sur les réseaux sociaux.

Ce sujet a opposé les utilisateurs du numérique dans les groupes de discussions animés sur le net et des personnalités publiques n’ont pas hésité à se prononcer et à prendre parti.

C’est ainsi que le Directeur de cabinet du Ministre de la Communication, des Sports, de la Culture et de la Formation Civique et ancien journaliste-présentateur à la TVT, Franck Missité, s’est également insurgé contre l’utilisation faite des images des victimes des accidents ou autres catastrophes sur la toile et dans la presse. Dans un message posté sur WhatsApp, il indique que « Maintenant que nous nous sommes suffisamment délectés des images des cadavres de nos frères humoristes, morts tragiquement dans cet accident, et alors que nous avons encore les larmes aux yeux, je voudrais nous appeler à arrêter ce voyeurisme morbide qui consiste à exhiber et à divulguer les photos et vidéos de corps écrabouillés, sanguinolents ou calcinés des victimes d’accidents de la route ou autres sinistres. Car ces gens sont des pères de familles, des frères, des amis dont les proches aimeraient garder d’eux pour la postérité des images plus saines, plus gaies et moins traumatisantes que celles que nous partageons sur les réseaux sociaux. Personne n’a vu à ce jour les images des victimes des différentes attaques terroristes en France, en Belgique ou en Grande-Bretagne, si ce ne sont quelques plans lointains de corps recouverts de draps blancs, poursuit-il et de se demander pourquoi faut-il que les Africains soient habitués à montrer dans les moindres détails, les images des victimes des drames qui surviennent sur le continent. Lorsque nous aurons fini de divulguer les images de Folo et de ses compagnons le visage écrabouillé et la bouche grande ouverte, posons-nous la question de savoir quel plaisir nous en avons tiré. Posons-nous aussi la question «et si c’était nous ?». Essayons donc de faire comme les Occidentaux. Faisons preuve d’un minimum de pudeur et de retenue dans de pareilles situations ».

Cette position de l’ancien journaliste est appuyée par d’autres personnalités qui vont plus loin en traitant les utilisateurs des réseaux sociaux de paparazzis qui balancent des images ignobles à tout bout de champ.

Mais la vraie question qui se pose n’est-elle pas de savoir s’il faut légiférer dans le sens de la protection des publications audiovisuelles comme dans les pays occidentaux pour permettre la poursuite de ceux qui se livrent à ce genre de dérives puisque jusqu’ici, le citoyen lambda ne trouve aucun inconvénient à diffuser des images choquantes. Certes, on ne peut pas empêcher tout le monde de chasser des images au moment où un évènement a lieu mais l’existence d’une loi restrictive aura le mérite de dissuader ou, à la limite, d’exposer les auteurs de publications indécentes à des sanctions.

C’est le lieu de dire que les avantages offerts par les réseaux sociaux sont indiscutables mais il n’en demeure pas moins vrai que l’utilisation de ces moyens de communication comporte des risques. Car, ne dit-on pas que l’excès de tout nuit ?

Le premier revers est que les réseaux sociaux nous transportent dans un monde d’instantanéité. Les utilisateurs en veulent toujours plus et le plus rapidement possible et ne savent parfois pas se contrôler. Lorsqu’on parle de dépendance, d’aucuns pensent souvent à la drogue ou à l’alcool, mais on entend, de plus en plus, parler de dépendance aux réseaux sociaux.

Il faut désormais aussi prendre en compte le fait que la vie privée peut souvent être atteinte, car les utilisateurs surtout les jeunes ne sont pas assez vigilants sur les photos, les messages et les vidéos qu’ils publient. En effet, il faut être très alerte, car, une fois publiées, ces publications ne pourront plus être effacées. Ceci peut surtout causer des problèmes à ceux qui se chercheront des emplois plus tard.

WhatsApp est une messagerie instantanée et se révèle comme un outil de communication hors pair. Facile d’utilisation, WhatsApp s’est rapidement intégrée dans la vie des enfants, adolescents ou plus jeunes. Presque toute la jeune génération est emballée. Généralement, la population la plus touchée par cette addiction se situe dans la tranche d’âge de 15 à 45 ans.

Mais, le vrai problème avec WhatsApp, c’est le fait que la messagerie soit instantanée et aliénable. Toujours connecté, on doit suivre le fil des discussions. Des messages qui pleuvent à la minute et auxquels il faut répondre. Mauvais partage de données personnelles et partage de contenus pas toujours instructifs. Bref, aucune sécurité dans l’utilisation de cet outil de communication. Parfois, la dépendance va jusqu’à l’oubli de soi-même. C’est le cas des personnes qui sont scotchés à leurs smartphones alors qu’ils se promènent dans la rue ou au volant de leur véhicule. Ce qui oblige à accroître davantage la vigilance des conducteurs et met la vie des utilisateurs en péril. Ils deviennent tellement intéressés par l’application qu’ils oublient tout le reste.

En définitive, les réseaux sociaux peuvent être un excellent moyen pour communiquer, pour recevoir ou apprendre des informations très rapidement mais, ils doivent être utilisés avec attention et responsabilité. Car leur utilisation anarchique peut causer de nombreux préjudices et pourrait aussi éloigner les habitués de la réalité. Arrêter le transfert des messages inutiles, ne pas se préoccuper de son image sur ces réseaux au point d’en devenir obsédé sont les conseils que nous pouvons donner aux accrocs des smartphones.  Cela leur donnerait un tant soit peu de temps pour faire d’autres choses significatives dans la vie. Car, accroc ne doit pas être synonyme d’écervelé.

 

Julles

 

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